De Roman Polanski à Frédéric Mitterrand

Dialogue radio, en 1944, entre le commandant d’une batterie de DCA suisse et celui d’une escouade de bombardiers de la RAF utilisant notre espace aérien suisse, en direction de villes d’Italie du Nord:

– Attention, vous survolez la Suisse! - Nous le savons!

– Attention, nous allons tirer! - Nous le savons!

Le tir de DCA commence. L’anglais reprend la conversation:

– Vous tirez trop bas! - Nous le savons!

Le Droit strict lié au statut de neutralité fut écorné au profit d’une forme de Justice. Qui tire en premier quand Polanski se fait arrêter? Qui donne immédiatement un écho quand Madame le Pen attaque Frédéric Mitterrand, ministre de la culture, en citant quelques phrases d’un livre sorti il y a quatre ans, suivie par des «adversaires» socialistes du neveu de François Mitterrand? Les médias électroniques, la presse? Peu importe! Il faut être les premiers à dégainer. Mais quand la télévision tire sur l’un de ses canaux de diffusion, elle touche ses «clients» par centaines de milliers, par millions. Il faut de nombreuses publications écrites pour atteindre un aussi grand auditoire. Donc la télévision, largement plus que la radio, est celle qui a le plus grand retentissement, donc la plus grande responsabilité.

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Le plus ouvertement du monde, les organisateurs du 5ème festival de Zürich ont mis à disposition de la presse dans son secteur cinématographique une photo de celui qui devait recevoir un hommage pour l’ensemble de son oeuvre, prononcé par Jean-Frédéric Jauslin, le patron de l’Office Fédéral de la Culture, s’exprimant ainsi au nom de l’autorité dont il dépend. Ils auraient du savoir que le cinéaste était menacé par le droit américain.
Ils ne l’ont pas su.

Internet «bascule»!

On affirme par exemple que l’opinion qui s’exprime sur internet est en train de basculer pour «condamner» Polanski alors qu’on la disait proche de lui lors de son arrestation. Mais comment donc peut-on mesurer «internet»? Par le nombre de pages citées par Google? Et comme Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture du président Sarkozy, vient à son tour d’entrer dans la tourmente, associons-le à Polanski qu’il a défendu dans un élan exagéré d’émotion

Et comment, ensuite, savoir mesurer les variations de l’opinion publique? Il suffit qu’en premier quelqu’un affirme que l’opinion change de jour en jour pour que les suivants répercutent l’information sans la contrôler!

FRANCE MINISTER MITTERRAND

Frédéric Mitterrand. (Photo Keystone)

Questions sereines libérées d’émotion

Ose-t-on se poser des questions dans la sérénité plutôt que l’émotion. Il faudrait respecter le désir d’une femme de quarante-cinq ans mère de famille qui a pardonné à l’agresseur de la jeune fille qu’elle fut et qui demande depuis vingt ans déjà le silence sur des événements vieux de plus de trente ans. Citation d’un texte de Samantha Galley dans le Nouvel Observateur du 01.10.09. : «Les charges devraient être abandonnées. L’étalage constant des détails de cette affaire me cause un tort immense. Je suis devenue la victime de l’action du procureur».

Il faudrait s’interroger sur le droit international en matière de prescription: lequel prime, celui qui demande l’extradition ou celui qui détient un accusé.

Roman Polanski: Là-haut sur le montagne, l’est un très beau chalet

Un des services du département fédéral de Justice et Police a autorisé, alors que régnait Christophe Blocher, Polanski à acheter un beau chalet digne de la chanson à Gstaad où il se rendait souvent. Un autre service du même département dirigé par Mme Widmer-Schlumpff a coincé le cinéaste à une sortie d’avion alors qu’il se rendait à une manifestation où un haut-fonctionnaire fédéral, chef de l’office fédéral de la culture, devait rendre hommage à son œuvre.

On a poliment respecté le client-acheteur et jeté en prison l’artiste! Un homme de 76 ans va-t-il finir sa vie en prison? Cet homme est-il récidiviste? Représente-t-il aujourd’hui un véritable danger pour la société? Non!

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Roman Polanski dans “Wanted and desired” de Marina Zinovich
(Photo Ascot-Elite)

«Roman Polanski: wanted and desired», un film de Marina Zenovich

Ce film fut présenté à Cannes en 2008. On n’entendit ensuite plus guère parler de lui. Il ne semble pas avoir retenu l’attention des programmateurs de télévision. Le distributeur suisse vient d’avoir une bonne réaction: offrir des copies pour que le public des salles puisse le voir dès maintenant. Attirera-t-il les foules avec sa tranquille information ?

Dans son film construit avec des documents audio-visuels, en recueillant des témoignages, dont celui de Mia Farrow, la réalisatrice ne prend pas fait et cause pour Polanski. Elle y rappelle sa jeunesse durant la guerre, la mort de ses parents, les débuts de sa carrière, le meurtre rituel dont fut victime sa femme Sharon Tate, enceinte de huit mois, par des membres de la «famille» de Charles Manson, en août 1969.

La partie la plus importante du film tourne autour de l’affaire de 1977. Polanski est arrêté pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure de treize ans. La justice américaine fonctionne de telle sorte que, si le prévenu accepte de plaider coupable, il a droit à une sentence légère. Polanski, ayant plaidé coupable, est envoyé dans lieu d’observation qu’il quitte au bout de quarante jours alors qu’il devait y rester pendant nonante. Son juge, irrité contre son comportement lors de sa liberté conditionnelle, renie le deal, tout heureux de faire parler de lui. Polanski risque cinquante ans de prison. Il prend peur, s’enfuit des USA et aboutit en France dont il prendra plus tard la nationalité. Le juge de première instante adopte un comportement qui viole certaines règles éthiques et manque d’impartialité. Le film dénonce aussi ce qui semble être une erreur grave de procédure. Le fonctionnement de la justice aura laissé sérieusement à désirer. Marina Zenovich le montre avec calme. Son film aide à comprendre ce qui a peut-être, il y a trente ans, conduit Polanski à la panique en s’interdisant même de retourner aux USA, y compris pour y recevoir un Oscar.

Les poursuites ont repris par des mandats internationaux. Et c’est la Suisse qui finit par arrêter l’un de ses hôtes pour se mettre dans une situation dont elle n’a pas lieu d’être fière! En prison à 76 ans? C’est plutôt rare!

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Roman Polanski à Paris, dans le film de Marina Zinovich
(Photo Ascot-Elite)

Retour à la DCA!

La DCA de M.Blocher avait-elle tiré trop bas ou n’est-elle pas du tout entrée en action, faute d’avoir dans ses services des collaborateurs sachant que Polanski avait des mandats internationaux collés à ses basques. Tout le monde ne lit pas les journaux même ceux spécialisés dans le «people»! La DCA commandée par Mme Schlumpff n’a pas raté la cible. Il eut pourtant été facile de faire comprendre discrètement à Polanski ou à l’un de ses avocats qu’une bonne grippe s’imposait pour s’en aller à Gstaad se soigner plutôt que Zürich se faire couronner pour l’ensemble de son œuvre créatrice.

3 réponses to “De Roman Polanski à Frédéric Mitterrand”

  1. Yakafer Says:

    Bien vu. Mais aussi, un dirigeant africain pas très gentil avec ses petits camarades, et pour ce fait recherché en Suisse, s’est baladé impunément à Genève, sous le label de la protection ONU ! On croit rêver ! Mais on n’en a pas trop parlé dans la presse ! Alors que Polanski……

  2. Aurélie Says:

    Bonjour,
    Après l’article de M. Landry paru aujourd’hui dans l’impartial, j’ai été tellement choquée par certains propos que je me dois de réagir, pour la cause féminine.

    La comparaison utilisée par le journaliste est vieillote et mal à propos, qu’est ce que la neutralité et la guerre viennent faire la-dedans, mais de quoi parle-t-on en fait?
    Je trouve personnellement toujours irritant lorsqu’un journaliste se permet de donner son avis tout en prétendant, par des comparaisons, des interrogations, rester neutre. Mais alors là, cela va au-delà de tout ce qu’on peut supporter. Le journaliste se permet même de présenter des faits totalement faux comme argumentaires.
    L’affaire Polanski est certes vieille et fait remonter bcp de choses qu’on aimerait oublier ou faire oublier. Mais les faits sont là: M. Polanski, cinéaste à succès a drogué et violé une jeune femme de 13 ans. Il a ensuite été jugé en plaidant coupable et a écopé d’une peine qu’il n’a jamais effectué jusqu’au bout, il s’est ensuite enfuit de son pays en fuyant la justice et en vivant comme bcp de riches le font, au-dessus des lois! Et bien, moi je dis CHAPEAU la Suisse, c’est ça la vrai neutralité, M. Landry, c’est de dire Polanski ou pas, célèbre ou pas, la loi est la même pour tous!!! Et âujourd’hui même si les défenseur de la culture et autres pseudo-intellectuels veulent minimiser les faits, ces actes n’en restent pas moins ignobles et encore plus écoeurant sachant que M. Polanski a vécu des dizaines d’années durant en échappant à la justice.
    Alors M. Landry, ne dites plus jamais que la victime lui a pardonné! C’est odieux de dire de telles choses, il faut bien être un homme et complètement insensible pour penser qu’une victime de viol, qui de plus est vierge au moment des faits, puisse un jour pardonné à son violeur. Elle a fait ce que bcp de femmes ont dû faire face à l’impuissance de la justice, se résigner, se relever et continuer à vivre avec! Et après avoir changé d’identité, changé d’état et s’être reconstruite, malgré cet horrible traumatisme, il est clair que maintenant, lorsqu’on vient à lui rappeler tout son passé douleureux, le risque d’à nouveaux témoigner, à nouveaux faire la une des journaux, à nouveau avoir sa parole mise en doute, et encore en plus devoir emmener avec sa famille, cette femme, comme certainement bcp d’autres le ferait également, elle dit non. Non, je ne veux pas revivre ça, non c’était il y a 30 que vous deviez l’arrêter et le punir pour me permettre de me reconstruire. Voilà ce que pense une femme, elle ne pardonne pas!!!
    Ainsi, qui est-on pour juger si une personne mérite d’être entendu ou pas. Pourquoi devrait-on passer l’éponge sur les crimes d’une homme parce que ça fait longtemps que ça s’est produit?, parce qu’il a fait bcp d’ouvres de cinéma? Mais au diable les intellos, laisser la justice aux victimes et occupez-vous plutôt de la culture à proprement parler!

    Et si la justice américaine, avant de trancher entre poursuivre M. Polanski en tant que violeur et fuyard et la lettre d’une victime de trentes ans qui souhaite que son cauchemar s’arrête, j’ose espérer, - et ce, par principe de l’intérêt général devant primer sur l’intérêt de quelques personnes- qu’elle saura poursuivre M. Polanski et faire appliquer la loi et ce, afin d’envoyer un message clair de justice aux violeurs du monde entier que personne n’est au-dessus des lois.

    Une femme, qui ne supporte pas qu’on minimise les viols sur mineurs!!!

  3. TP Says:

    Bonjour et merci pour cette réponse, Aurélie. Sans doute la corporation des pseudo-intellectuels se serait tout autant mobilisée pour un ouvrier immigré nord africain qui aurait commis la même barbarie.

    M. Landry, je n’ai pas compris un élément de votre démonstration. Pour quelle raison devrions nous (la justice suisse) être complice de Polanski? Parce qu’il est riche? Parce qu’il est célèbre? Parce qu’il est un artiste? Parce qu’il est vieux? Parce que nous n’avons pas confiance en la justice? Parce qu’il a une maison à Gstaad?

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