Le sondeur fessé!
Vendredi, janvier 29th, 2010Stupeur assez largement partagée dans l’après-midi du 29 novembre dernier: 57% de ceux qui ont voté disent oui à l’initiative contre les minarets. Leur comportement rappelle l’esprit des «Neinsagers» même en disant «Oui». Une bonne dizaine de jours auparavant, un sondage scientifique de l’Institut GFS dirigé par Claude Longchamp prévoyait un oui à seulement 47 pourcent. Ecart 10%. C’est rare et c’était beaucoup!
Pas de sondage en mars 2010
Pas le temps d’attendre d’en savoir davantage: la TSR dès le premier décembre tourne autour du vote à «infrarouge». Diverses hypothèses sont alors lancées, par exemple revoter, ce qui indigne le démocrate pur sucre qu’est l’abonné à l’émission, Oskar Freysinger. Silence radio ou presque sur l’écart entre le sondage et le résultat. Il faut attendre plus d’un mois avant que les responsables de l’information de la SSR et ses unités d’entreprises trouvent le pelé, le galeux d’où vient tout le mal, l’institut de sondage GFS au bénéfice d’un contrat de longue durée. Punissons le «coupable», disent-ils en chœur: on ne communiquera plus les résultats de son prochain sondage lors de l’étape suivante sur le deuxième pilier, début mars 2010!
Pas de mention à la marge d’erreur

Le futur patron de l’information de la RTS, Jean-Jacques Roth, bientôt ancien rédacteur en chef du “Temps”
Le père fouettard donne rarement deux informations importantes liées à tout sondage: la marge d’erreur et les dates des appels téléphoniques. La TSR et d’autres se font une joie d’annoncer qu’un parti politique est en baisse quand après avoir donné un 17,4 pourcent d’intention de votes pour de lointaines élections il ne s’en trouve plus, six moins plus tard, que 17,3. Personne parmi les responsables de l’information pour mettre en garde: l’écart ne signifie rien, puisqu’il entre clairement dans la marge calculée d’erreur.
Pas d’explication sur le dix pourcent de différence entre sondage et vote
Ce n’est pas la première fois qu’un vote par OUI ou NON peut prendre différentes significations, même contradictoires. Une récente analyse après vote affirme que l’électorat ne s’est pas prononcé sur les minarets mais s’est sur autre chose. Ce travail repose sur un nouveau sondage de l’Institut GFS, celui-là même qui vient de recevoir la fessée pour l’erreur de 10% en novembre.

Patrick Nussbaum, adjoint du futur patron de l’info à la RTS, reste en charge de l’information à la RSR.
Différences de comportement lors du vote de novembre 2009
Le vote serait devenu une mise en garde contre un islam envahissant. Un peu court, peut-être, mais intéressant: les partis de gauche disaient non et le non de leurs adhérents a suivi, la droite UDC disait oui et le oui à suivi. Le centre Radical/Libéral et le PDC recommandaient un non que leur électorat a transformé en oui. Des comportements différents existent aussi entre romands et alémaniques, entre villes et campagnes. Un Evêque a dit sa surprise que le non recommandé par la hiérarchie suisse de l’Eglise catholique soit devenu un oui des fidèles.
Ceci n’explique pas complètement l’écart de dix pourcent Les instituts de sondage procèdent à des adaptations de résultats en tenant compte parfois des imprécisions et autres cachotteries de ceux qu’ils interpellent. En France par exemple, certains masquaient leur appartenance ou leur accord avec l’attitude du FN et les soudages se retrouvaient inférieurs à la réalité. Alors, on fit des corrections de résultats avec discrétion sans en parler trop. On ne sait pas non plus, comme l’a fait remarquer Moritz Leuenberger, si l’échantillon de ceux qui sont accessibles par poste de téléphone fixe, souvent encore utilisé, est le même que celui des propriétaires de portables.

Bernard Rappaz, adjoint du futur patron de l’info à la RTS, reste en charge de l’information à la TSR.
Drôles de démarches après un vote inattendu
Voici une petite histoire livrée à la sagacité du lecteur. Cela se passe dans le législatif d’une localité de quelques milliers d’habitants, composé de quarante et un membres qui votent au bulletin secret. Pour deux sièges dans un groupe de travail, il y a trois candidats, A, B et C. Il semble que C soit le mieux préparé pour occuper l’un des deux sièges. Résultat du vote: A obtient 16, B 14 et C 10. Il y a une abstention. C se retire. A et B son élus tacitement.
Après le vote, souvent de manière très discrète, C est abordé par douze personnes qui toutes lui disent combien il est regrettable qu’il ne soit pas élu. Cela fait au moins deux hypocrites qui n’ont pas voté pour lui mais se disent attristés par sa défaite. Et si une partie du peuple suisse s’était comportée comme deux au moins des membres de ce conseil d’une autorité politique publique?














