“True Blood” mieux que “Twilight”

Vendredi 27 août 2010

Un vieux souvenir de la “Hammer”

La nuit tombée, une belle jeune femme entre seule dans sa chambre, ouvre sa fenêtre, jette au loin la gousse d’ail qui repousse le vampire, gagne son lit, observe le vent caresser les rideaux. Etendue sur le côté, elle dégage de tout obstacle son cou d’un geste voluptueux : une des plus belles scènes d’amour au cinéma est ainsi déjà jouée. Le vampire attendu n’a même plus besoin d’arriver.

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Photo de famille de “True Blood” dans une ambiance bleu-vampire ( Photo HBO)


La saga cinématographique de “Twilight”


C’était il y a longtemps, dans un petit film de série B de la britannique Hammer, productrice heureuse de films de genre, souvent signés de Terence Fisher. Vampires et loups-garous continuent de fréquenter nos écrans. Le grand est envahi trois fois déjà par la saga « Twilight », fascination, tentation, hésitation en attendant révélation. Chaque spectateur apporte ses deniers au caissier de l’entreprise hollywoodienne. Le total s’exprime en millions de dollars. Le beau Robert Pattinson est toujours poursuivi par des hordes de jeunes admiratrices. L’hésitante Bella Swan conserve pourtant sa virginité.

Alan Ball, déjà dans “Six feet under”

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Sookie Stockhouse ( Anna Paquin) le personnage principal de “True Blood” inventé par Alan Ball ( Photo HBO)


« True Blood » est discrètement présenté par TSR1, dans la nuit du dimanche au lundi, entre 23 :00 et 01 :00. Les noctambules peuvent suivre cette série pointue, d’Alan Ball, déjà chef d’équipe des scénaristes de « Six feet under ». Impossible de compter les millions de spectateurs ainsi rencontrés un peu partout dans le monde pour comparer leur effectif à celui de la saga cinématographique. Le téléspectateur ne rapporte directement rien au caissier de HBO. Le succès se mesure à travers l’audimate pour les chaînes cryptées ou les publiques généralistes. La consommation n’est pas la même dans les deux médias

Le logo rouge pour “True Blood”

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Jason, le frère de Sookie (Ryan Kwander) ( Photo HBO)

Deux formes de satisfaction différent aussi entre grand écran et petit. La saga filmée reflète assez bien une morale conformiste inscrite dans le sillage de Georges W.Bush et surtout de Sarah Palin, qui fut sa candidate à la vice-présidence. « True blood », avec ses dix personnages principaux, sa vingtaine de secondaires lance un appel à l’esprit de tolérance, au rapprochement entre communautés. C’est par moments un hymne à l’amour et au plaisir partagé, entre une femme et un vampire. La série est affublée, sur le petit écran romand en tous cas, du logo rouge qui « punit » les scènes d’amour mais n’accompagne que rarement des massacres par armes à feu, couteaux ou violences gratuites à mains nues.

Après Locarno, 63ème du nom…

Samedi 21 août 2010

Dans la presse écrite, à la radio, sur le petit écran et autres déclinaisons, les festivals de cinéma les plus commentés pour les romands pourraient bien être Cannes devant Locarno (ou Locarno devant Cannes) suivis par «Visions du réel». Mais que reste-t-il, ensuite, de nos lectures, écoutes et visions comparées?

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Le cinéaste chinois li Hongqi tient son Léopard d’Or pour son films “Vacances d’hiver”. Mais le verra-t-on un jour dans les salles du pays ou au moin sur les petits écrans de chaque région de la SSR-SRG ? Hélas, si les annéees se suivent et se ressemblent, il y aura seulement cette image.

Effet assurément très positif de la désormais célèbre convergence entrée en vigueur : sur le site de la RTS (la nouvelle unité), Locarno apparaît aussi bien à la radio que sur les petits écrans, avec accès à des documents presque immédiatement mis à disposition. Il est vrai que l’actu n’a que faire de telles manifestations. Ce qui en est écrit, dit ou vu devrait rester accessible en permanence. Dans cet archivage immédiat, une information partout ou presque est donnée s’il s’agit de télévision: la durée du document. La même information n’est pas toujours fournie pour les documents parlés : on peut commencer une écoute sans avoir combien de temps il faudra y consacrer. Maladresse de novice qui ne sait pas comment écouter une partie seulement d’un document?

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Il a de l’allure, le félin qui sert de symbole au Festival de Locarno parti à la recherche des 290 films de son édition 2010 ( contre 400 un an auparavant), 148 mille sièges occupés ( contre 157 mille en 2009)

Les vedettes, ce devraient être les films. Deux mille films au moins sont proposés aux différentes sections de Cannes chaque année. C’est simple, il suffit d’un timbre sur une enveloppe même pas cartonnée contenant un DVD pour se faire connaître! Hier, il fallait expédier de coûteux et lourds colis de pellicule 35 mm, ce qui freinait la mondialisation des propositions. Ne restent alors qu’une ou deux centaines de films proposés aux festivaliers lors des fréquents dix jours d’un grand festival, même du plus petit des grands, comme Locarno. Il y en a vingt dans la «manif» la plus prestigieuse, la compétition avec une demi-douzaine d’objets en or ou autre décernés par moins de dix élus. Si on finit par voir arriver sur nos écrans presque tous les primés de Cannes, ceux de Locarno restent souvent en rade, hier comme aujourd’hui; Maire ou Père, c’est la même chose.

Un festival devient une sorte d’exposition où les visites d’invités, les polémiques, les rétrospectives, les hommages, les comparaisonentre nouveau et ancien directeurs forment la substantifique moëlle. Le précieux dossier personnel fait de coupures de presse restera disponible mieux que les mots et visions éphémères sortis du micro et des écrans. Vive le papier!

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Le bientôt ex-chef de la section du cinéma, Nicolas Bideau, rêvait d’un Locarno glamour . On aura fait un peu de glamour avec la “mascotte* du festival en deux de ses déclinaisons, en 2009 déjà.  A Locarno, les vedettes devaient être les films…

Après “Le jeu de la mort”: mais y a-t-il un “après”?

Lundi 16 août 2010


En mars 2010 sur France 2 et TSR

En mars 2010, nous avions consacré deux textes à une émission expérimentale, «Le jeu de la mort» ( 19.03.10) puis «Le jeu de la mort: et après?» (26.03.10). Christophe Nick en était l’auteur, entouré de quelques éminents universitaires. Le réalisateur s’est ensuite posé quelques questions sur son travail, évoquant même l’éventualité d’un montage différent. La position des responsables du «spectacle» était claire, celle de certains animateurs aussi : ils conduisaient une expérience.

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Parfaite “complice” de l’expérience, l’animatrice en rajoute avec insistante (Photo RTS - Crédit France 2 - Russel Christophe)

Les candidats qui s’étaient annoncés pour participer à un jeu ne savaient pas qu’ils entraient dans une mise en scène pour étudier leur comportement qui conduisit certains d’entre-eux à envoyer à un cobaye des décharges électriques de plus en plus fortes. Apparaissait aussi un public qui semble bien avoir été confié à un «chauffeur de salle». Le comportement des candidats a été largement commenté, certains lucidement étonnés par leur propre entrée dans un jeu sordide. Mais on n’a rien su, alors, du rôle du public. Et aujourd’hui encore on n’en sait toujours rien.

JEU DE LA MORT

Du comportement du public, rien n’a été dit lors de la présentation de l’émission: complice ou à sa manière aussi victime? Le voici aux ordres de son “manipulateur”

L’obéissance aveugle

Le vrai sujet de l’expérience conduisait à une réflexion sur l’obéissance pouvant conduire à «torturer» jusqu’à la mort peut-être une victime enfermée dans un bulle. Sa transposition en un jeu télévisé montra combien l’intervention même de la télévision pouvoir favoriser cette obéissance aveugle. Certains des programmateurs du jeu, tant sur France 2 que sur la TSR, soulignèrent à juste titre le «courage» de leur média osant dénoncer sa propre responsabilité. Certes, l’émission ne fit pas une audience de finale de coupe du monde de football: il est vrai que les parts de marché ne flirtent pas avec les sommets quand une émission fait réfléchir et dérange.

JEU DE LA MORT

La mise en garde, “choc dangereux” ou “attention”,
a-t-elle servi à quelque chose?

Un soufflé rapidement retombé

Mais tout de même, il y avait de quoi être inquiété par ce pouvoir exercé par la télévision à travers l’organisation d’un jeu. D’où le point d’interrogation d’un de nos titres: «et après?». Mais voilà: le soufflé retombé, pas grand chose. On remue quelques idées, on fait part de son indignation, on se pose quelques questions : tout cela en trois petits tours et puis s’en vont vers d’autres sujets!

Une réponse ludique d’éducation au média

Une mise en garde contre l’excès du «Jeu de la mort» a parfois été formulée: il faudrait que le téléspectateur soit mieux formé face à la puissance du média. Autrement dit, le consommateur d’un jeu devrait devenir un citoyen conscient des limites de ce jeu même. La TSR, fière de son «courage» de diffuseur, aurait pu prolonger l’effet «Jeu de la mort» en signalant qu’elle faisait depuis peu un effort d’éducation au média, à travers une contribution modeste à la formation d’un esprit critique qui n’exclut pas le plaisir: «Pop Corn», son émission mensuelle déclinée chaque dimanche en trois modules courts et un plus long.
Vous connaissez «Pop corn»? Vous avez déjà pris garde à sa valeur pédagogique? Encore faudrait-il que le TSR fasse mieux connaître une émission qui s’inscrit dans le sillage des efforts de «La lanterne magique».

JEU DE LA MORT

Envoyez décharge!

Et après ? La télé-réalité des jeux se porte bien
Donc, «Et après?» Jusqu’ici, vraiment pas grand chose. A moins que ne surgissent d’un prochain débat du «Conseil du public» de la RTSR trentenaire des propositions pour apprendre au consommateur à se comporter en citoyen qui ose désobéir à la multiplication d’offres insidieusement dangereuses par exemple sous la forme de jeux regroupés parfois sous l’expression de «télé-réalité». Oui, mais de nombreux consommateurs passifs apportent une bien meilleure part de marché que des citoyens lucides dons désobéissants.

Kaamelott integraal !

Vendredi 13 août 2010

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Qui se trouve dans le fauteuil dont on ne voit que le dos ?

Il faut tout de même montrer la table ronde et son conseil des ministres du passé!

Une fois oubliées l’overdose de sports ( tristounet le récent Autriche-Suisse ), une fois saluées les réapparitions d’humoristes ( « Les simpson » sur TSR2, un petit coucou surprise du multiple « François Silvant »), ( Cf Note 1, plus bas )une fois retenu l’intérêt des « Couleurs d’été », c’est pauvre, pas seulement sur la TSR, mais un peu partout : telle est en effet la télé l’été !

Butiner chez le voisin !

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Alexandre Astier : un véritable auteur de télévision, et polyvalent !

Rien de bien original à s’en aller butiner chez un grand voisin, M6, (Voir Note , encore plus bas) lors de ses longues soirées du samedi se déroulant de 20h30 à point d’heure après minuit, sa camelote autour du graal due à Alexandre Astier, scénariste, dialoguiste, réalisateur, acteur, co-producteur avec son principal partenaire et complice Jean-Yves Robin. Une bonne partie de ces six saisons présentées en six Livres depuis 2005 a flirté avec TSR 2 et même certaines télés régionales de Romandie.

Cinq heures de suite

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Un invité de marque, dit “Quest star” : Monsieur Christian Clavier

Plus de six cent modules de base, d’environ trois minutes et demi chacun, sont à disposition. De deux mille minutes, il est possible de tirer des versions de cent, deux cent minutes bâties autour de thèmes comme les « Guest stars », « Ivain et Gauvain », « Karadoc et Perceval » ou encore « Merlin ». Et toute liberté existe pour ne consommer ces longues soirées de cinq heures que par petites touches : pitonner ne nuit pas au plaisir de suivre quelques modules seulement qui se suffisent à eux-mêmes.

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Karadoc et Perceval

Une ressemblance avec le conseil fédéral ?

« Kaamelott » aura donné le plaisir du divertissement populaire d’assez haute qualité, fondé sur un humour qui sent bon l’absurde pourtant enraciné dans la légende du bon roi Arthur entouré de ses chevaliers autour d’une table ronde pour s’en aller conquérir le graal, dont certaines images offertes par wikipédia se retrouvent chez césar, oscar, goya ou autres quartz ! La multiplication des anachronismes, dans le langage, mais aussi les comportements, permet de découvrir les coulisses du pouvoir d’un conseil des ministres ou d’imaginer Guenièvre quittant la royale couche pour s’en aller tourner dans un film sous les ordres de Woody Allen : ainsi peut-on même en rajouter !

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Arthur entouré de quatre de ses ministres: un conseil fédéral alors uniquement masculin

Arthur - Sarkozy et Merlin – Fillion ?

Continuons : autant notre conseil fédéral oû chacun joue perso que le gouvernement français qui se contente d’exécuter les décisions de son président à géométrie variable, entre ouverture à gauche, féminine ou grand discours sécuritaire, placé sous les ordres d’un premier ministre dont il ne faut pas trop dire qu’il fait bonne figure dans les sondages, attirent beaucoup l’attention. Les ministres du bon roi Arthur font souvent actions ou réflexions très personnelles, en tous cas pas forcément collégiale. Le bon roi Arthur tient plus du Sarkozy d’ouverture, mais lui pas seulement verbale, que du rigide sécuritaire. Le bon Fillon doit avoir un petit côté Merlin pour plaire à Sarkozy. Après tout, « Kaamelott integraal » permet d’en rajouter en racontant aussi le pouvoir politique moderne et ses servants, mais lui au moins, avec humour, ironie, distance !

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Merlin-Fillion : aucune ressemblance physique, certes,
mais dans les rôles ?

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Note 1 : Hommage en passant à notre « Petit Silvant illustré »

Evidemment, avec ses deux mille minutes de courts sujets indépendants les uns des autres, chacun racontant une petite histoire en y insérant plusieurs gags oscillant entre le verbal et le visuel, M6 dispose d’un trésor de guerre, vendable à l’étranger, certes, mais aussi malléable pour ses propres programmes.

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François Silvant au festival de Montreux en 2007

La TSR n’a certes pas autant de moyens. Mais avec les multiples personnages de François Silvant, elle dispose d’un confortable capital qui pourrait être utilisé peut-être même en tentant des regroupements autour de plusieurs variations du personnage.

Toujours est-il que devant la richesse de « Kaamelott », de « Petit Silvant illustré », « Tous Ego en été » ne tient pas le coup devant son décor de théâtre avec un couple qui récite un texte plutôt qu’il lui donne vie en se lançant quelques vannes pour en terminer avec une encore en guise de chute. Mais comme l’heure est d’écrire ce qui plait en ces semaines, n’en disons pas plus d’un réel et décevant échec.


Note 2 : Les fenêtres publicitaires de M6 ouvertes sur la Suisse romande

Grâce aux fenêtres publicitaires tendues par M6 vers la Suisse romande, avec la complicité de grands annonceurs de notre pays, y compris de régies où la
Confédération est encore majoritaire, des millions d’euros annuels franchissent la frontière pour Paris. Très indirectement, nous sommes tous co-producteurs de «Kaamelott».

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Pas rancunière la TSR : M6 lui pique des recettes publicitaires en faisant entrer par sa fenêtre de fructueuses recettes sans partage. La boutique TSR vend l’intégraale de Kaamelott pour presque 250 balles, bénéfice partagé ?

Attirer les annonceurs suisses avec ce genre de fenêtre, ce qui existe depuis longtemps en Suisse alémanique, n’en revient pas moins à effectuer un prélèvement sur le marché national des investissements publicitaires. Il se pourrait que cela finisse par se compter en millions.

Qui est privé de recettes par cette fenêtre publicitaire qui n’apporte strictement rien au spectateur ? Assurément, la SSR par la RTS, mais aussi les chaînes privées commerciales, ou les radios qui osent accueillir la publicité. Les quotidiens risquent bien aussi de voir ainsi des campagnes générales les oublier.

Or, il n’y a pas grand monde pour s’interroger sur cette forme de concurrence pas très loyale mais assurément très capitaliste. Un seul ou presque a tenté de se battre contre cette pompe à finance, Gilles Marchand, le directeur de la TSR devenu patron de la RTS. Presque pas soutenu, à l’exception de quelques lignes signées de défenseurs de la culture. Un front commun télévisions publiques et privées, de radios privées, de presse écrite quotidienne et à rythme moins fréquent aurait peut-être obtenu gain de cause.