Coup dur pour la rédaction de L'Express/L'Impartial
Une dizaine de licenciements dans une rédaction de 47 personnes, cela fait mal, très mal. Il n’est pas possible de ne pas en parler dans ce blog, même si c’est toujours difficile de parler de ce qui se passe chez soi. Annoncée vendredi matin, la nouvelle a constitué un véritable traumatisme pour toute la rédaction qui s’attendait certes un peu à de mauvaises nouvelles, mais pas à ce point-là. Pour toutes les personnes qui seront concernées par ces licenciements, ce sera un véritable drame. C’est donc d’abord à elles que je pense en premier lieu.
Et comment continuer à faire deux quotidiens dans ces conditions? Le défi sera terrible mais nous devons l’affronter. Il faudra travailler très différemment et expliquer à nos lecteurs nos difficultés. Nous allons essayer de sauvegarder au maximum tout ce qui fait notre force, soit l’actualité locale et régionale. Mais nos lecteurs souhaitent aussi que nous parlions de ce qui se passe en dehors de notre région. Il faudra donc faire des choix.
J’ai répondu vendredi à un journaliste de La Liberté pour un article qui est paru samedi 8 novembre. Je reprends ci-dessous quelques extraits de mes réponses.
Est-ce la fin de «L’Express» et «L’Impartial» comme journaux complets, offrant à leurs lecteurs une vue d’ensemble de l’actualité? «Certainement pas, répond Nicolas Willemin, rédacteur en chef. Il n’est pas pensable que nos lecteurs doivent acheter un deuxième journal pour savoir ce qui se passe en Suisse ou dans le monde. Par contre, nous devons nous interroger sur notre mission: à l’heure des gratuits, de l’information en continu sur la télévision, la radio et internet, que devons-nous leur apporter qu’ils ne trouvent pas ailleurs?»
A l’entendre, cette réflexion avait déjà commencé au sein de la rédaction. «Les impératifs nous obligent à accélérer brutalement cette analyse que font d’ailleurs tous les quotidiens, à ma connaissance.»
Le communiqué parle pourtant d’un repli sur la région? «L’information locale est le coeur de notre cible, c’est évident. Mais, là aussi, il y aura des choix à faire: avec un effectif réduit de 20%, il n’y a plus aucun tabou. Nous devrons aussi réduire la pagination. Pour autant, nous voulons rester un journal global, ouvert sur l’extérieur. A nous de voir comment le faire.»
A l’entendre, la collaboration entre journaux régionaux au sein de Romandie Combi (dont «La Liberté») est un bon exemple, mais insuffisant. «Je le dis depuis des mois, ces échanges entre journaux plafonnent. La crise nous impose de passer la vitesse supérieure.»
A suivre aussi le sujet que la TSR a consacré vendredi soir à cette information.

Je viens d’apprendre qu’Alexandre Caldara ne ferait plus partie de la rédaction de votre journal.
A mon sens, il s’agit typiquement là d’un licenciement qui fait perdre de sa substance à l’entreprise…
Alexandre Caldara suivait la vie culturelle de notre canton en assistant aux spectacles et en parlant avec leurs créateurs. Son regard critique était ensuite aigu, avec un point de vue explicité et permettant débats et réflexions.
Dans ses contributions à la rubrique « Air du temps », il avait une écriture, personnelle certes, mais pas seulement… Son style, par ses images, son rythme, bref sa phrase rendait perceptible ce que ressentent des êtres jeunes et pourtant déboussolés par une société souvent implacable et en même temps chaotique.
D’où dans les textes ciselés d’Alexandre Caldara, ces notations impressives, ces références musicales, cinématographiques et poétiques, ces élans, ces révoltes et ces points de suspension…
Son approche était subjective, et cependant ressentie et partagée.
Avec le licenciement d’Alexandre Caldara, le groupe Hersant se prive d’un relais fragile et sensible avec des lecteurs eux-mêmes fragiles et sensibles.
Mais c’est peut-être ce que le groupe Hersant veut et c’est ce qui nous attend.
Francis Stähli, professeur retraité et pas encore endurci.