Recherche un homme – ou une femme – d’envergure

23 août 2010

Edito publié le 24 août dans L’Express et L’Impartial

La page Frédéric Hainard étant presque complètement tournée, pensons d’ores et déjà à son remplacement. Ce départ, tout le monde s’accorde aujourd’hui à le reconnaître, doit permettre d’amener au Conseil d’Etat un homme ou une femme d’envergure. Et pas seulement pour apporter du sang neuf dans un gouvernement qui, quinze mois après son installation, en a déjà bien besoin! Il faut surtout une personnalité qui ait à la fois une expérience incontestée dans la conduite opérationnelle, une capacité de synthèse et de définition des priorités ainsi qu’une vision stratégique. Des qualités indispensables pour participer à la relance des grands projets que le canton attend avec impatience: modernisation de la structure hospitalière, mise en place d’un réseau de transports publics digne du 21e siècle autour du Transrun et réforme de la fiscalité.

Sans oublier bien sûr, puisqu’on est dans une élection populaire, la nécessité d’avoir un certain charisme et des réseaux de connaissances dans les différentes régions du canton Enfin, un ancrage plus ou moins fort dans le Haut du canton serait un atout non négligeable.

Bien sûr, un tel candidat – ou une telle candidate – ne court pas les rues. Alors qu’on parle déjà d’une gauche désireuse de reconquérir sa majorité au Conseil d’Etat et d’une droite qui ne souhaite pas l’abandonner, souhaitons que ces considérations politiciennes ne constituent pas le seul axe de réflexion des partis politiques dans leurs cogitations. A droite comme à gauche, il existe des prétendants proches du profil souhaité.

Nous pensons ainsi, à droite, à des chefs d’entreprise pour qui la notion d’engagement citoyen n’est pas un gros mot: un Raymond Stauffer, par exemple, qui, s’il ne s’est jamais lancé en politique, a réussi à redresser Tornos à Moutier et préside l’Association industrielle et patronale; ou une Manuela Surdez, cheffe d’entreprise et ancienne députée.

A gauche, deux conseillers communaux semblent avoir des qualités pour compléter intelligemment celles du vacillant roi Jean: Jean-Nath Karakash à Val-de-Travers et Laurent Kurth à La Chaux-de-Fonds, des hommes ayant sans aucun doute les compétences requises, même si l’on sait les socialistes peu désireux d’avoir seuls la majorité absolue. Ils n’ont pas tout tort, mais on peine à trouver chez leurs alliés Verts ou POP des politicien(ne)s d’envergure aux qualités incontestées.

Mais surtout, arrêtons de se cantonner à des candidatures par défaut. Ce canton a déjà eu trop de conseillers d’Etat élus faute de mieux. Il a besoin de véritables hommes et femmes d’Etat.

Une démission politiquement inévitable

22 août 2010

Edito publié le lundi 23 août dans L’Express et L’Impartial

Comme certains l’avaient prédit, il n’aura pas passé l’été. Et il n’aura pas non plus attendu les conclusions de la Commission d’enquête parlementaire (CEP) pour annoncer son départ. Une démission qui était devenue politiquement inévitable.

Depuis fin mai, on se rendait compte de plus en plus clairement que Frédéric Hainard ne pourrait plus rester très longtemps au gouvernement cantonal. Même si la CEP, lorsqu’elle remettra son rapport fin octobre, en arrive à le blanchir juridiquement, ce qui n’est pas encore fait, son comportement à la tête de son département était inexcusable sur le plan politique.

Quelles que soient ses motivations profondes, on attend autre chose d’un magistrat élu dans un exécutif cantonal. Par exemple, ne pas mélanger sa vie privée à son activité publique: de ce point de vue, l’engagement de son amie dans un des services de son département était déjà une grave erreur. Par exemple également, ne pas effectuer soi-même sur le terrain les missions destinées à ses collaborateurs: un conseiller d’Etat doit garder une certaine hauteur et une certaine distance pour gérer efficacement son département.

Depuis le début de cette affaire, Frédéric Hainard n’avait pas hésité à reconnaître certaines erreurs et à regretter des comportements inadéquats. Mais il n’était pas encore prêt à en tirer les conclusions qui s’imposaient. La lecture attentive des premiers procès-verbaux d’audition de la CEP l’ont amené ce week-end à changer d’avis. C’est véritablement sa façon de gouverner en tant que telle qui a été remise en cause devant la CEP.

Cela dit, le départ de Frédéric Hainard ne va pas régler d’un coup d’un seul tous les dysfonctionnements avérés  de ce Conseil d’Etat. Le comportement des autres membres du gouvernement n’est pas toujours adéquat et c’est peu de le dire. Certains dossiers, d’une importance cruciale pour le canton, ne sont pas gérés comme ils devraient l’être. Le «vilain garçon» parti, le Conseil d’Etat devra procéder rapidement à un sérieux examen de conscience. Le canton de Neuchâtel en a vraiment besoin.

Assumez ce choix!

16 août 2010

Madame la Conseillère d’Etat, vous avez eu le courage de présenter, sous les couleurs de votre Département, un rapport proposant, à terme, de transformer l’hôpital de La Chaux-de-Fonds en un «Centre diagnostiques et thérapeutiques», sans soins intensifs, mais destiné aux soins les plus courants. Ce ne sera pas facile, pour vos électeurs des Montagnes, d’accepter cette décision, qui semble pourtant inéluctable.

Désormais, il faudra assumer les conclusions explosives de ce rapport et vous engager fermement derrière l’idée d’un hôpital unique de soins aigus à édifier entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. Ne pas hésiter non plus à aller expliquer aux gens du Littoral pourquoi le tout neuf mais déjà trop petit hôpital Pourtalès devra devenir, lui aussi, un «Centre diagnostiques et thérapeutiques».

A première vue, tout cela pourrait vous coûter votre réélection en 2013. Et alors? D’ailleurs, ce n’est pas si sûr que cela. On a déjà vu, ici et ailleurs, des conseillers d’Etat prendre des décisions qui semblaient impopulaires et se faire réélire facilement. Y compris au Département de la santé.

Le courage politique commande de ne pas penser à sa prochaine réélection quand on est amené à prendre une décision importante. De nombreux conseillers d’Etat ne l’ont visiblement pas eu, ce courage politique! On espère que vous irez au bout de votre projet. Mais on ne cachera pas que l’on a quand même quelques craintes.

Une erreur de casting

11 août 2010

Commentaire publié le 12 août 2010 dans L’Express et L’Impartial

Dans l’administration cantonale, pas grand monde ne regrettera le départ de la chancelière d’Etat. Si ses compétences professionnelles ne sont pas en cause, ses difficultés en matière de communication étaient devenues rédhibitoires au sein des servinces de l’Etat. Sans compter que la chancellerie d’Etat est également en charge de la communication externe de la politique gouvernementale. Et là, Monica Engheben n’était pas la personne adéquate.

On se demande donc comment, en mars 2009, le président du Conseil d’Etat d’alors et son vice-président, Roland Debély et Jean Studer, ont pu commettre une telle erreur de casting. D’autant que s’ils avaient pris la peine d’appeler son employeur précédent, soit les autorités cantonales fribourgeoises, ils auraient pu se faire une petite idée du profil de la candidate.

Il faut certes reconnaître que le poste de chancelier d’Etat n’est pas une sinécure. D’autant plus si l’on succède à une personnalité qui a occupé la place pendant 28 ans. La tâche était complexe. Et le fait d’entrer en fonction en même temps que quatre conseillers d’Etat sur cinq n’a évidemment rien arrangé! Le, ou probablement la remplaçante de Monica Engheben aura du pain sur la planche!

Qu’il laisse sa place à une femme!

6 août 2010

Edito publié dans L’Express et L’Impartial du 7 août 2010

Depuis le temps qu’on nous l’annonce, on ne pensait pas qu’Hans-Rudolph Merz parviendrait à nous surprendre avec sa démission. Il y est quand même arrivé! En n’attendant pas la fin des vacances du Conseil fédéral et en grillant la politesse à son collègue Leuenberger avec un départ prévu déjà en octobre.

Décidément, les conseillers fédéraux ne parviennent même plus à se mettre d’accord lors de leur départ pour éviter que la vie politique fédérale ne soit polluée pendant plusieurs mois par des élections successives. Ces annonces désordonnées ressemblent plus à des enfantillages qu’à un comportement qu’on attend d’hommes d’Etat.

En jouant ainsi avec le calendrier politique, Hans-Rudolph Merz confirme la mauvaise image qu’il laissera dans l’opinion publique. Et pourtant! Le grand argentier de la Confédération laisse à son successeur des finances plutôt saines et des comptes 2010 qui devraient, une nouvelle fois, être dans le noir!

Mais ce n’est pas cela que l’on retiendra de l’Appenzellois. Sa calamiteuse gestion du sauvetage de l’UBS restera plutôt dans les mémoires. Sans oublier son catastrophique et inutile voyage à Tripoli l’an dernier. C’est là qu’il a vraiment «perdu la face», comme il l’a d’ailleurs reconnu lui-même.

Elu dans le sillage de Christoph Blocher en décembre 2003, dans des circonstances il faut le reconnaître très particulières, on peut aujourd’hui dire que Merz était bel et bien une «erreur de casting». Reste à savoir si le PLR parviendra à redresser le tir en choisissant son remplaçant, ou plus probablement sa remplaçante.

Les libéraux-radicaux ont obtenu de leur conseiller fédéral qu’il libère le champ dès octobre afin de pouvoir couper l’herbe sous les pieds des socialistes. En tirant les premiers, ils peuvent ainsi faire élire leur championne saint-galloise. Ce qui donnera une majorité féminine au Conseil fédéral. Une bonne nouvelle! Espérons par ailleurs que les socialistes parviendront même à en mettre une cinquième!

Transports publics et service public

5 août 2010

Edito publié dans l’édition du 5 mai de L’Express et L’Impartial

Il est aujourd’hui de bon ton de demander à tous les services publics de s’adapter aux lois intangibles de l’économie de marché. Mais on peut quand même rappeler que le rôle des pouvoirs publics est, dans un certain nombre de domaines, de faciliter l’accès, notamment sur le plan financier, à des services de base indispensables à la population. Parmi ces services, on dispose aujourd’hui en Suisse de transports publics efficaces et denses, même s’ils peuvent – et doivent – être améliorés.

Mais leur coût reste très élevé. Et l’augmentation, acceptée hier par le Surveillant des prix, aggravera encore la facture finale pour le consommateur-contribuable! Sans compter que les entreprises de transports publics, en particulier les CFF, souhaitent modifier les systèmes de tarification et ne plus forcément lier le prix du billet au nombre de kilomètres parcourus. Les tarifs pourraient ainsi gonfler en fonction des horaires ou de la densité de l’offre. Libéralisme, quand tu nous tiens!

Sans être dogmatique, on peut quand même souhaiter que cette réflexion sur ces nouveaux systèmes de tarification soit menée en tenant compte de l’importance de la notion de service public. Les transports publics ne doivent pas devenir un luxe inaccessible. Au risque de favoriser un transfert vers les solutions individuelles de transport, en l’occurrence les voitures!

Les documents de l’ombre

25 juin 2010
Edito publié le 26 juin dans « L’Express » et « L’Impartial »

«L’Express» et «L’Impartial» ont-ils pris le parti de Frédéric Hainard? Un peu partout, on nous pose la question. Bien évidemment, nous répondons par la négative. Dans cette affaire qui agite depuis plusieurs semaines le canton de Neuchâtel, notre position est claire: le chef du Département de l’économie a commis une série de bourdes qui sont – en tout cas politiquement – inexcusables et on voit mal comment il pourra se maintenir à son poste.

Hier, à la suite des nouvelles révélations publiées par nos confrères du «Temps», révélations encore une fois à charge contre Frédéric Hainard,  nous avons reçu à nouveau d’autres documents à décharge du ministre PLR. Nous savons fort bien qui nous fournit ces informations. Nous en parlons aujourd’hui (lire en page 3), malgré plusieurs interrogations qui ne manquent pas de nous interpeller. Les copies de mails dont nous disposons nuancent les révélations du «Temps».

Mais ces dernières semblent pourtant être corroborées par le Conseil d’Etat, du moins par son président. Nous avons donc une forte présomption, pour ne pas dire une quais-certitude, qu’il y a, dans ce nouvel épisode, d’autres mails que l’on nous cache. On espère simplement que la Commission d’enquête parlementaire, qui entend aujourd’hui Frédéric Hainard, aura accès à tous les documents. Non seulement ceux qui sortent dans les médias, mais aussi ceux qui restent dans l’ombre. Que ce soit à charge ou à décharge!

Et si l’on changeait de Conseil d’Etat?

26 mai 2010

Edito publié le 26 mai 2010 dans L’Express et L’Impartial

Impossible! Il est impossible que ces cinq personnes puissent continuer de travailler ensemble encore trois ans. Le Conseil d’Etat neuchâtelois est paralysé par ses querelles intestines et ses membres ne prennent même plus la peine de donner l’apparence de la collégialité.

Hier, en plein débat du Grand Conseil, alors que l’on allait élire le premier citoyen du canton, deux ministres, le PLR Philippe Gnaegi et la socialiste Gisèle Ory ont choisi de régler en public leurs comptes avec leurs collègues, devant une assistance médusée.

Il est vrai qu’en matière de collégialité, le comportement de leurs collègues, le président socialiste du Conseil d’Etat, Jean Studer et le vice-président PLR, Claude Nicati, n’est pas fameux non plus, avec leur drôle de visite improvisée à un chef de service en congé maladie!

Hier soir, dans les coulisses de la  réception du nouveau président du Grand Conseil, les cinq ministres avaient bien conscience que la situation  au sein du gouvernement est pour le moins explosive. Mais quand on leur demandait comment ils vont réussir à poursuivre leur collaboration, ils essayaient de faire bonne figure.

Le problème, c’est que leur crédibilité en matière de collégialité est aujourd’hui réduite à zéro. Leur antagonisme est patent et ne reflète d’ailleurs pas le clivage politique: d’un côté, le tandem jacobin du Bas Jean Studer-Claude Nicati; de l’autre, un trio fédéraliste composé des deux ministres du Haut, Gisèle Ory et Frédéric Hainard, associé au très émotionnel Philippe Gnaegi. Drôles d’alliances!

Dès aujourd’hui, le Conseil d’Etat se retrouve pour décider qui va reprendre ce fameux Service de la surveillance et des relations au travail, retiré à Hainard. Bonjour l’ambiance!

«Il faudra boire la coupe jusqu’à la lie», a lancé hier Gisèle Ory au Grand Conseil. Faudra-t-il donc passer par une recomposition en profondeur du Conseil d’Etat actuel? On ne voit pas comment on pourrait faire autrement!

«Je te tiens, tu me tiens par la barbichette»

20 mai 2010

Edito publié dans l’édition du 21 mai 2010 de L’Express et L’Impartial

L’affaire Hainard pourrait-elle devenir une affaire Soguel-Dubois? Le document que nous publions aujourd’hui prouve en tout cas que Bernard Soguel a du souci à se faire. Signer, comme conseiller d’Etat, un «arrêté» qui est de la compétence du Conseil d’Etat au complet, est plus qu’une faute politique. C’est probablement une infraction à la loi. Fâcheux pour un élu du peuple!

Au-delà de l’ancien chef du Département de l’économie Bernard Soguel, c’est tout le Parti socialiste qui est concerné. Le PS a en effet marqué de son empreinte, ces vingt dernières années, ce département-clé pour le développement du canton. Le nombre de personnalités socialistes qui sont intervenues dans l’affaire de ce jeune Kosovar, Pierre Dubois en tête, est tel que l’implication touche le parti directement.

«A qui profite le crime?», se demandait il y a quelques jours dans nos colonnes Frédéric Hainard après les révélations sur son comportement en tant qu’actuel chef du Département de l’économie. Au tour désormais de son prédécesseur Bernard Soguel et des camarades socialistes de celui-ci de se poser la même question.

Ne soyons pas naïfs. Il est clair qu’aucune information transmise aux médias n’est politiquement innocente. Mais il n’est pas question pour nous de jouer un camp contre l’autre. Les faits reprochés au conseiller d’Etat Hainard constituent toujours, à nos yeux, une grave erreur politique de sa part. Tout comme l’«arrêté» que Bernard Soguel a signé le 20 mai 2009.

Faut-il pour autant en conclure: tous pourris? Bien sûr que non. Mais la classe politique neuchâteloise devra maintenant laver son linge sale en public. La tâche sera délicate. Le canton aurait pourtant bien besoin que ses gouvernants fassent autre chose que de s’écharper sur leur passé. Mais une fois la mèche allumée, l’explosion est inévitable.

L'intelligence à la tête de la SSR

19 mai 2010

On s’attendait au pire. Et on a le meilleur! Décidément, la SSR parvient toujours à nous surprendre. En nommant Roger de Weck à la tête du service public de l’audiovisuel, les caciques qui pilotent le conseil d’administration de SRG SSR idée suisse ont eu fin nez. Etonnant!

L’homme a (presque) toutes les qualités. Il est intelligent, on pourrait même dire très intelligent. C’est un des meilleurs, voire même le meilleur connaisseur du monde médiatique helvétique. Le futur patron de la plus grande entreprise de média de Suisse sait par ailleurs de quoi il parle. Journaliste de talent, il a non seulement fréquenté de nombreuses rédactions du pays, il en a même dirigé une, et non la moindre, celle du «Tages Anzeiger».

Ce parfait bilingue parle et écrit en français et en allemand, à chaque fois avec talent et aisance. Et jamais pour ne rien dire. Cerise sur le gâteau, il a l’expérience internationale avec un parcours jusqu’à la tête du prestigieux hebdomadaire de Hambourg, «Die Zeit».

Roger de Weck aura bien besoin de tous ces talents à la direction générale de la SSR. La tâche qui l’attend est en effet titanesque. Et il lui faudra affronter les lourdeurs intérieures et la pression extérieure. Il n’hérite pas d’une Porsche Cayenne mais d’un paquebot qui risque de partir à la dérive si le barreur n’est pas attentif. Il n’y a cependant pas de quoi être trop inquiet. Avec Roger de Weck, l’intelligence est (enfin) arrivée à la tête de la SSR.