7 mars 2010
Edito publié dans l’édition du 8 mars de L’Express et de L’Impartial
On s’attendait certes à un refus populaire de la baisse du taux de conversion LPP. Mais c’est son ampleur qui a surpris. Visiblement, les Suisses ont eu peur pour leur caisse de retraite. Et l’implication massive des milieux économiques en faveur du oui n’a servi à rien. C’est rassurant: l’argent déversé à flot ne suffit pas forcément pour gagner une votation! De l’autre côté, la campagne agressive sur le «vol des rentes» des syndicats et des partis de gauche n’a fait qu’amplifier un résultat connu d’avance.
Sous la pression des assureurs, le Conseil fédéral et le Parlement ont voulu prendre une décision bâclée, voire même précipitée. La pilule était trop grosse à avaler pour le souverain. Elle a donc été balayée. Didier Burkhalter, obligé de défendre un projet qu’il savait condamné, devra donc remettre l’ouvrage sur le métier. Une réforme du deuxième pilier est certes indispensable, mais pour qu’elle aboutisse sur une solution pérenne, il faudra mieux qu’un bricolage hâtif comme celui qui était proposé.
C’est une réflexion globale sur la gestion de la vie professionnelle qui doit être menée. On ne peut ainsi augmenter simplement l’âge de la retraite alors que les employeurs, qu’ils soient publics ou privés, souhaitent souvent se séparer de leurs collaborateurs de plus de soixante ans. L’avenir de la prévoyance professionnelle passera par une nécessaire concertation des partenaires sociaux. Les tentatives de passage en force sont condamnés à échouer.
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19 février 2010
Nelly Wenger, 1er Août, CPLN, Hôpital neuchâtelois. De toutes ces affaires, révélées dans nos colonnes, ressort le sentiment que les conseillers d’Etat agissent trop souvent dans la précipitation.
On a beaucoup évoqué ces dernières semaines les bisbilles internes qui agitent le gouvernement et l’ambiance de jardin d’enfants qui y règne. Certes. Mais au-delà de ces questions d’ego apparaît surtout le manque cruel de sens politique de nos cinq «sages». Ceux-ci prennent des décisions sans «bétonner» leurs dossiers
Il était évident que la solution Nelly Wenger pour piloter le redressement des finances cantonales n’était pas raisonnable. Tout comme une luxueuse opération berlinoise le 1er Août allait apparaître indécente.
Concernant le CPLN, on peut discuter de l’opportunité d’un tel déplacement. Mais il est sûr que Philippe Gnaegi aurait dû mieux préparer son coup, en particulier avec les principaux intéressés, avant que toute la République ne bruisse de rumeurs sur cette opération. Quant à la nomination du conseil d’administration de l’Hôpital neuchâtelois, le cafouillage gouvernemental dure depuis bien trop longtemps.
Outre l’absence d’expérience politique de la majorité de ses membres, on doit constater que ce gouvernement décide trop souvent avec une vision à courte vue, sans cohérence et, paradoxalement, en pensant constamment à des élections cantonales qui n’auront lieu, rappelons-le, que dans trois ans et demi.
L’image qui en résulte dans l’opinion publique est désastreuse. Une majorité des citoyens de ce canton peuvent aujourd’hui raisonnablement penser qu’ils agiraient mieux au gouvernement que ceux qui y siègent actuellement! Or la démocratie n’a rien à gagner à ce genre de raisonnement.
Bien sûr, il est toujours facile d’avoir la posture de l’observateur extérieur donneur de leçons. Mais l’incapacité de l’actuel Conseil d’Etat à décider sereinement est telle qu’il est difficile de faire autrement. Les cinq ministres neuchâtelois ont donc tout intérêt, pour eux-mêmes mais surtout pour le bien du canton, à réfléchir avant d’agir.
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2 février 2010
Edito publié dans L’Express et L’Impartial du 3 février
Au lendemain de son élection au Conseil fédéral le 16 septembre dernier, nous relevions dans ces colonnes que Didier Burkhalter risquait «bien d’en surprendre plus d’un». A l’heure de tirer un premier bilan de l’action du nouveau conseiller fédéral, les commentateurs politiques ne manquent pas de lui tresser des louanges, évoquant son sens du dialogue, de l’écoute, du compromis…
Evidemment! Le Neuchâtelois applique à la tête du Département fédéral de l’intérieur les recettes qui ont fait son succès tant à l’exécutif communal de Neuchâtel qu’au Conseil des Etats. Ce n’est donc pas une surprise. Ce qui est par contre plus étonnant c’est qu’on met aujourd’hui à son crédit ce qu’on lui reprochait presque lors de sa candidature: le refus de la polémique, la recherche des solutions consensuelles.
Dans le domaine des assurances sociales, une telle attitude, aux antipodes de celle de son prédécesseur, est pourtant la plus sensée et la plus efficace. Les rodomontades de Pascal Couchepin n’ont pas vraiment fait avancer les choses. Didier Burkhalter en a pris le contrepied.
Jusqu’à présent, il remplit sa mission. Et on ne doute pas que le jour où il faudra trancher, le Neuchâtelois saura le faire. Car, sur le plan plus politique, Didier Burkhalter a aussi montré le 15 janvier à l’Albisguetli qu’il n’avait pas peur d’aller dans la fosse aux lions. Le conseiller fédéral n’est de loin pas un novice en politique et il n’a pas encore abattu tous ses atouts.
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30 janvier 2010
Edito publié le 30 janvier dans L’Express et L’Impartial
La polémique autour de la nomination du conseil d’administration de l’Hôpital neuchâtelois, et plus particulièrement de son président, est pathétique. Elle montre que le canton de Neuchâtel n’est pas encore prêt à abandonner ses vieux démons pour aborder sereinement ses problèmes, qui deviennent de plus en plus cruciaux. Inquiétant!
Cette nomination, qui aurait dû intervenir depuis plusieurs mois déjà, est devenue une querelle politicienne, ce qui est désastreux. Le PLR, majoritaire au gouvernement, ne peut politiquement pas laisser tomber Jean-Pierre Authier, au risque de donner raison à Gisèle Ory. La conseillère d’Etat socialiste, en téléguidant une intervention au Grand Conseil et en expliquant dans nos colonnes tout le mal qu’elle pensait de Jean-Pierre Authier, a mis ses collègues du gouvernement sous pression, alors qu’une telle nomination n’est pas de sa compétence, mais de celle du Conseil d’Etat dans son entier.
Si le dossier Hôpital neuchâtelois est aujourd’hui bien embourbé, ce n’est pas cette polémique qui va arranger la situation. Même si ses compétences ne sont pas en cause, une sortie en douceur de Jean-Pierre Authier était peut-être la solution pour décrisper une situation pour le moins tendue. Surtout s’il était remplacé par une personnalité incontestée et ne provenant pas du sérail politique.
Mais le Conseil d’Etat a préféré tergiverser sans trancher. Comme dans de nombreux autres dossiers depuis le début de la législature, les inimitiés personnelles l’ont emporté sur l’intérêt collectif, transformant le collège gouvernemental en véritable jardin d’enfants.
Et on ne voit pas comment la situation pourrait s’améliorer. Dans ce contexte, et à trois ans et demi du prochain renouvellement des autorités cantonales, il apparaît de plus en plus clair que la composition actuelle du Conseil d’Etat pourrait - et probablement devrait - être modifiée.
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27 janvier 2010
Edito publié dans l’édition du 28 janvier 2010 de L’Express et L’Impartial
Les citoyens sont-ils plus ouverts que les élus qu’ils ont choisis? On pourrait bien le penser en découvrant les résultats de notre sondage sur la création d’un grand canton de l’Arc jurassien. 58% des Jurassiens, des Jurassiens bernois et des Neuchâtelois se disent favorables à ce projet.
Ce n’est certes pas un plébiscite. mais c’est néanmoins une majorité assez nette. Elle devrait donc faire réfléchir nos élus, notamment neuchâtelois, qui sont d’une prudence de Sioux quand on leur demande leur avis sur la question.
Bien sûr, il ne faut pas se leurrer. Ce n’est qu’un coup de sonde sur le principe. Et la réalisation d’un tel projet se heurtera à de nombreuses difficultés. Mais ce résultat est quand même significatif: il montre que, dans notre région, il existe une majorité de gens qui sont prêts à partager un peu plus que ce qu’ils ont déjà en commun actuellement.
Il existe une identité que l’on qualifiera de «jurassienne» entre les habitants des cantons de Neuchâtel et du Jura ainsi que la partie francophone du canton de Berne. Autour de cette identité jurassienne, allons de l’avant et continuons de bâtir des institutions communes! Dans la ligne de celles qui existent déjà, en particulier dans le domaine de la formation.
Un nom, le Jura, une capitale, Neuchâtel! Décidément, notre sondage donne des résultats clairs. La Ville de Neuchâtel a une belle carte à jouer comme pôle urbain de référence pour l’Arc jurassien. Reste à savoir si ses autorités en ont conscience!
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25 janvier 2010
Edito publié le 26 janvier 2010 dans L’Express et L’Impartial
Le grand projet «Redressement des finances et réforme de l’Etat» que le gouvernement a envoyé à tous les députés – et qui est désormais disponible sur le site internet de l’Etat– est probablement indispensable à l’avenir du canton. Il nous laisse cependant perplexe.
Depuis 2005, Jean Studer et ses collègues du Conseil d’Etat – de gauche ou de droite – nous annoncent régulièrement leur intention de réformer en profondeur l’Etat et son fonctionnement. Avec des déclarations d’intention, des décisions ponctuelles, des séances d’informations tous azimuts. On s’étonne cependant qu’il ait fallu presque cinq ans pour accoucher du rapport présenté aujourd’hui. Un rapport certes étoffé, mais qui manque singulièrement d’exemples concrets et de propositions perceptibles pour le citoyen.
Réformer l’Etat consiste surtout à faire des choix politiques, des choix probablement douloureux mais indispensables. Pour faire ces choix, il faut un Conseil d’Etat uni qui puisse s’appuyer sur une majorité solide au Grand Conseil. Or on a l’impression que le gouvernement actuel manque cruellement de cohérence et de solidarité avec cinq membres tirant à hue et à dia en fonction d’intérêts personnels. Quant au principal artisan du projet de réforme de l’Etat, il doit subir des attaques en règle venant la plupart du temps de son propre parti! Dans ces conditions, la grande ambition du Conseil d’Etat semble mal enmanchée.
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17 janvier 2010
Editorial du 18 janvier 2010 dans L’Express et L’Impartial
Le résultat du scrutin d’hier est clair et net: en prenant la tête dès le premier tour avec une candidature qui pouvait paraître risquée, le PLR neuchâtelois confirme ses succès électoraux précédents. Il inflige aussi une défaite tant aux Verts (et à une gauche qui a mollement soutenu Francine John) qu’à l’UDC, qui ne parvient pas à élargir son socle électoral.
Le nouvel élu est-il trop jeune pour le Conseil des Etats? Raphaël Comte n’a pourtant qu’une année de moins qu’Alain Berset quand le Fribourgeois avait conquis son siège de sénateur en 2003. Et l’ancien président du Conseil des Etats s’est rapidement imposé comme un des ténors de la politique fédérale.
Petit prodige de la vie politique neuchâteloise, Raphaël Comte aura quand même du travail pour se faire un nom à Berne, aussi bien qu’il l’a fait dans son canton. Pour espérer être autre chose qu’un parlementaire fédéral de seconde zone, il faudra surtout qu’il se profile mieux et plus clairement.
Jusqu’à présent, il a réussi à ne fâcher (presque) personne. En se gardant notamment d’afficher des prises de position trop nettes. Si ce centrisme de bon aloi a fort bien réussi à Didier Burkhalter, son prédécesseur au Conseil des Etats, Raphaël Comte devra désormais montrer qu’il ne sera pas qu’un gentil sénateur en culottes courtes. La recherche du consensus ne doit pas empêcher d’avoir des positions claires. Et de savoir les exprimer fermement.
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13 janvier 2010
En suivant ce qui se passe actuellement à Port-au-Prince, on ne peut manquer d’être interpellé par cette cruelle réalité: une catastrophe inouie frappe de plein fouet un des pays les plus pauvres de notre planète qui vit, depuis des années, au rythme des drames à répétition, entre catastrophes naturelles, émeutes et troubles politiques.
Un tremblement de terre est toujours épouvantable. Mais quand il frappe un pays comme Haïti, une ville surpeuplée comme Port-au-Prince, il y a de quoi se poser quelques questions. Il y a aussi de quoi nuancer nos petits problèmes d’Européens nantis confrontés à la crise économique… et à quelques malheureux flocons.
Depuis le «règne» dramatique des Duvalier père et fils entre 1957 et 1986, il ne s’est pas passé une année sans qu’Haïti ne fasse la Une de l’actualité. L’Occident s’émeut un temps, se donne bonne conscience en envoyant une aide humanitaire… puis retourne vaquer à ses occupations quotidiennes.
Combien de morts aujourd’hui à Port-au-Prince? Les bilans chiffrés n’ont plus vraiment de sens. La capitale haïtienne est dévastée et c’est tout un pays qui se retrouve à genou.
Alors bien sûr, nous, Occidentaux, allons intervenir massivement et ouvrir largement nos porte-monnaie. Mais Haïti, la première république noire au monde, qui a fait plier les troupes de Napoléon en 1804, mérite probablement plus que cela. Et si on reparlait du devoir d’ingérence?
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31 décembre 2009
Rêvons un peu: nous avons touché le fond en 2009 et les mois à venir marqueront le début d’une vraie relance économique! Certains signaux semblent indiquer que notre rêve n’est pas complètement irréalisable. Même si le chômage pourrait encore grimper quelque peu, il n’est pas exclu que l’année qui s’annonce soit celle de la reprise. Ce ne serait pas du luxe pour notre région! On s’attendait en 2009 à devoir affronter une sévère crise économique et on n’a pas été déçu. On n’attend donc pas en 2010 un décollage sur les chapeaux de roues, mais un certain frémissement serait pour le moins bienvenu. Pour les ménages, pour les entreprises, petites ou grandes, ainsi que pour les pouvoirs publics. Un rebond de l’économie permettrait en effet la concrétisation de quelques projets importants pour le canton. Parmi ceux-ci, l’inévitable Transrun, bien sûr. Nous en avons souvent parlé dans ces colonnes en soulignant son importance pour l’avenir non seulement du canton de Neuchâtel, mais de tout l’Arc jurassien. En 2010, le Transrun, avec les autres projets d’agglomération, devra passer devant les Chambres fédérales. Il ne faudra donc pas laisser passer cette chance. Si le canton de Neuchâtel - à part le scrutin du 17 janvier - ne sera pas électoral en 2010, il suivra avec le plus grand intérêt le renouvellement des autorités cantonales de ses voisins jurassiens et bernois. Si l’idée d’un grand canton de l’Arc jurassien est encore loin, les liens entre ses différentes régions ne cessent, et c’est heureux, de s’étendre. Ces liens renforcés devraient nous permettre de mieux rebondir. Encore un rêve? Espérons que lui aussi se concrétisera!
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29 novembre 2009
Edito publié le 30 novembre dans L’Express et L’Impartial
Le résultat d’hier est pour le moins inquiétant. On savait les Suisses prêts à voter avec les tripes en faisant fi des arguments rationnels: leurs oui à l’internement à vie des délinquants dangereux en 2004 et à l’imprescriptibilité des actes pédophiles en 2008 en témoignaient.
Mais cette fois, ils ont mêlé l’irrationalité et l’intolérance. Et le résultat est spectaculaire: 57,5% de oui à l’interdiction des minarets. Même les initiatives Schwarzenbach au début des années 70 n’avaient pas réussi un tel score. La votation d’hier a donné le résultat le plus xénophobe depuis plusieurs dizaines d’années.
Une xénophobie basée sur la peur. De l’étranger bien sûr, mais surtout de l’islam en général. Une peur qui peut paraître infondée quand on sait que la très grande majorité des musulmans de Suisse sont parfaitement intégrés dans notre pays. Mais elle se base sur les clichés véhiculés par les images d’islamistes fanatiques et intégristes.
Ces derniers, certes ultra-minoritaires, jouent à merveille la carte de la terreur et de la provocation. Et ils adorent jouer les martyrs. Le résultat de la votation helvétique d’hier ne peut donc que les satisfaire. Il leur suffira de manipuler quelques leviers bien placés pour que les réactions violentes contre la Suisse s’enchaînent.
Concrètement, l’initiative anti-minarets risque fort d’être inapplicable. Mais le mal sera fait. Reste à savoir comment éviter de renouveler de tels égarements. Plutôt que de compter sur l’impossible sagesse populaire, le Conseil fédéral et le Parlement auraient mieux fait de prendre leur responsabilité et de récuser une telle initiative. Mieux vaut prévenir que guérir.
Quant aux Neuchâtelois, ils peuvent être fiers de figurer parmi les rares cantons à avoir voté non. A la pointe de l’intégration de «l’autre» depuis des années, ils ont confirmé hier leur ouverture d’esprit. On relèvera cependant le soutien du Locle, fief popiste, à l’initiative: où quand les extrêmes se rejoignent.
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