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Mussolini et Hitler, dans le miroir du cinéma contemporain

Vendredi, mai 22nd, 2009

Deux films du Festival de Cannes s’approprient les grandes figures du fascisme. « Vincere » de l’Italien Marco Bellocchio éclaire le parcours du Duce. « Inglourious Basterds » de l’Américain Quentin Tarantino brûle la caricature du Führer.

A mesure que s’éloigne la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, comment maintenir auprès des générations d’après la Shoah la conscience aiguë de ce que fut le fascisme ? Comment saisir sa nature profonde, sans la caricaturer ? Comment aider à comprendre l’attrait qu’il exerça sur les masses ? Le cinéma possède ce pouvoir démesuré et ambigu de proposer des représentations qui marquent les esprits. Chaque film renforce ou modifie des codes, des perceptions. « Vincere » et « Inglourious Basterds » sont aux antipodes dans leurs ambitions et dans les effets qu’ils cherchent à susciter. Il vaut la peine de les comparer sur deux points qu’ils ont en commun.

L’IMPORTANCE DE LA PAROLE - « Nous étranglerons le dernier roi avec les tripes du dernier pape », rugit le jeune Benito Mussolini dans le film de Marco Bellocchio. C’est pourtant le même homme qui, quinze ans après ses provocations socialistes, signera les accords du Latran (fondant la légitimité de l’Etat du Vatican). Violence d’une formule initiale destinée à frapper les esprits et à se démarquer de la masse des timorés. Violence d’un reniement qui en dit long sur la capacité à nouer des alliances opportunistes. Chez Quentin Tarantino, la langue prêtée aux nazis est aussi celle du caméléon.

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 L’ahurissant colonel Landa (la révélation Christoph Waltz, en photo) passe aisément du français, à l’anglais, de l’allemand à l’italien, sans accent. Elle consacre l’emprise que peut exercer la parole, jusqu’à l’envoûtement. Ce jeu avec la langue qui produit des effets comiques est égocentrique chez l’Américain. Il est sèchement révélateur d’un fait historique chez l’Italien. De même, quand il s’agit de donner la parole aux dictateurs, Bellocchio et Tarantino divergent : le premier donne à voir les discours du vrai Mussolini en images d’archives, inquiétant dans sa mégalomanie délirante. Le second fait éructer un acteur qui « joue » Hitler, rassurant dans sa conformité à la caricature.

LES IMAGES ET LA PROPAGANDE - A l’heure où la télévision n’existait pas, les fascistes ont su impressionner les foules par des images de propagande. Dans « Vincere », des actualités d’archives exaltent des femmes italiennes en train d’allaiter. Le contre-champ du film montre l’envers de cette sollicitude : Mussolini renie sa première femme et son enfant, qui finiront à l’asile puis à la fosse commune. Les images sont là pour nous dérouter de la réalité et pour nous perdre, rappelle Bellocchio. « Inglourious Basterds » fait l’inverse : en filmant les préparatifs d’un attentat projeté lors d’une avant-première cinématographique avec le gratin nazi (Führer compris), Tarantino met en scène un drôle de suspense, où le cinéma aurait le pouvoir de sauver le monde. Il démontre tout au plus que quelques juifs ont pris leur revanche après coup grâce au cinéma. Mais que valent les millions qu’engrangera le producteur Harvey Weinstein, en regard des six millions de juifs exterminés par la démence fasciste ?

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Quentin Tarantino, sur le tournage d’ “Inglourious Basterds”

Vincere, de Marco Bellochio

Mardi, mai 19th, 2009

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Le résumé : Au début du siècle, entre Trente et à Milan, un  jeune membre du Parti socialiste se fait remarquer par sa fougue et son impertinence. Devant une assemblée médusée, Benito Mussolini défie Dieu de le foudroyer. En 1914, la guerre éclate et Mussolini se sépare des socialistes pacifistes. Il est résolument va-t’en guerre et patriote. Un an plus tard, il accueille très froidement la naissance de son premier fils.  La mère de l’enfant, Ida Dalser, est prête à tout pour aider Mussolini à atteindre ses rêves de grandeur. Elle vend l’ensemble de ses biens pour lui permettre de lancer son propre journal, le “Il Popolo d’Italia”. Mais l’ingrat l’écarte pour entreprendre son ascension dans le parti fasciste. Jusqu’à sa mort, Ida se battra en vain pour faire reconnaître son mariage et son enfant avec le Duce.

Notre commentaire : A partir d’un fait méconnu, Marco Bellocchio développe un film qui captive et qui recourt avec une grande intelligence aux images d’archives. Le film est sans doute nécessaire, à l’heure où semble se renforcer la nostalgie d’une partie de la jeunesse italienne pour un passé fasciste qu’elle idéalise. Le destin de Benito junior, élevé dans un orphelinat et mort dans un asile psychiatrique à l’âge de 26 ans ne laisse pas d’interpeller. Quel besoin de protection exprime un pays qui se donne un “Guide” pareil ? Quels descendants peut enfanter un système fasciste ? Dans un plan fugace, un slogan peint sur un mur montre à quel point les efforts d’Ida sont voués à l’échec. On lit : “Le Duce a toujours raison”.

La première image du film : Un groupe d’hommes en costume noir s’apprête à céder la parole à un jeune inconnu dans une assemblée politique.

La réplique : “Mieux vaut un baptême qu’un enterrement…”