Soudain le vide, de Gaspar Noé
Vendredi, mai 22nd, 2009Le résumé : Un frère et sa soeur vivotent à Tokyo. Lui deale des drogues pour subvenir à sa consommation assidue, elle s’exhibe dans une boîte de strip-tease. Cerné par la police dans les toilettes d’une boîte de nuit, le jeune homme se fait tirer dessus et meurt. Son âme sort de son corps et flotte au-dessus de la ville, au-dessus d’une vie, mêlant passé, présent et futur.
Notre commentaire : Le Français Gaspar Noé aime les dispositifs inédits. “Irréversible” racontait une histoire à rebours, en commençant par la fin. “Soudain le vide” part lui aussi d’une fin apparente pour remonter aux origines d’un traumatisme (les deux enfants déboussolés ont perdu leurs parents en bas âge). Ce n’est pas la première fois qu’un film est tourné entièrement en caméra subjective (plaçant ainsi le spectateur dans les yeux du personnage principal). Mais Noé radicalise le dispositif et joue la carte du trip sous acide, de manière à restituer le Graal de tous les amateurs de substances psychotropes : avoir une “out of the body experience”. Le cinéaste recourt à de prodigieuses images d’artistes vidéo pour traduire les visions suscitées par la drogue. L’entier du film cherche à restituer cette perception décalée, dans un Tokyo nocturne, où pulse une musique techno assourdissante (signée par l’un des membres du groupe Daft punk). La maîtrise de la caméra est par instants confondante de virtuosité. Mais le réalisateur cherche moins à perturber notre perception et à ouvrir le champ des interprétations qu’à rendre la trame du récit bien lisible. Au bout du compte, le film est beaucoup plus saisissant comme expérience sensorielle pure que comme exploration de l’âme humaine. Cette caméra surplombante qui se glisse partout finit par se montrer bien voyeuse, pénétrant avec insistance dans les chambres d’un “Love Hotel” et proposant un plan pornographique inédit : la vision endoscopique d’un coït.
La première image du film : Vu du balcon d’un immeuble, un avion à réaction survole Tokyo de nuit et s’éloigne dans l’obscurité.
La réplique : “Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que mon frère est toujours là, au-dessus de moi”.

