Pedro Almodovar, ou l’art de livrer des films bien montés

Mercredi 20 mai 2009

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Avec « Etreintes brisées », le réalisateur espagnol Pedro Almodovar réussit un film flamboyant et fluide. Une oeuvre travaillée par la hantise de la perte de l’amour et du contrôle sur sa création. Volubile et généreux, il livrait hier à Cannes son credo.

MES ACTEURS - « Plus les situations sont excessives ou délirantes dans mes films, plus il est nécessaire que les acteurs les jouent de manière vraisemblable. Même si la situation frôle le ridicule, je réclame un jeu aussi naturaliste et réaliste que possible».

MON IMAGE CLE -  Dans « Etreintes brisées », les mains d’un réalisateur devenu aveugle caressent, sur un poste de télévision, la vidéo presque illisible d’un baiser réel, échangé par lui avec l’amour de sa vie…« J’avais cette image en tête dès le premier jet du scénario et c’est pour inclure cette image que j’ai voulu faire le film. La vidéo est très sombre, car tournée de nuit à travers un pare-brise.. Avec le zoom en plus, les visages devenaient flous, diffus. Mes techniciens n’étaient pas satisfaits. Moi au contraire, j’ai demandé à forcer encore le zoom. L’image pixélisée devenait fascinante sur la surface de l’écran TV ».

LES FEMMES ET MOI - « Dans « Etreintes brisées », il y a quasiment la parité, mais il est vrai qu’on trouve davantage de personnages féminins dans mes films. Des femmes fortes, qui luttent et sont quasiment invincibles. Les hommes de mes films sont plus faibles, hermétiques, avec un côté sombre. Comme beaucoup d’enfants de la génération des années cinquante, j’ai vécu entouré de femmes de La Mancha jusqu’à l’âge de huit ans. Ma mère m’emmenait partout avec elle. Ou alors elle me plaçait chez ses copines ou dans le patio. J’étais spectateur de cette vie familiale entièrement régentée par la femmes, donc observateur d’une foule de situations que j’ai pu utiliser dans mes films. Notre pays a été marqué par cette génération de l’après-guerre. C’est grâce à ces femmes fortes qu’il a survécu et que les garçons nés dans les années septante ont eu 4 centimètres de plus que ceux nés 20 ans plus tôt. Je parle de la taille, bien sûr… Le problème, quand j’essaie de penser à des personnages masculins, c’est que ce sont des figures terribles qui me viennent à l’esprit.»

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MA COMEDIE - « Il était très agréable d’adresser ici un clin d’œil à « Femmes au bord de la crise de nerfs », à cette époque où il avait davantage d’humour dans mes films. Je me suis tellement pris au jeu qu’il y aura une quinzaine de minutes à voir dans les bonus du DVD à venir. « Femmes au bord de la crise de nerfs » va connaître deux adaptations aux Etats-Unis : une série télé écrite par la scénariste de « Grey’s Anatomy » et une comédie musicale à Broadway, dont j’irai voir les premières répétitions en juin. »

MON PAYS - « A la fin des années 70, les Espagnols ont délibérément choisi d’oublier le passé. C’était la condition nécessaire pour se doter d’une nouvelle Constitution et se tourner vers l’avenir. Nous vivons en démocratie depuis 30 ans. Cette démocratie est adulte et il serait indispensable de se souvenir du passé. J’aimerais que notre loi sur la mémoire historique soit appliquée avec plus de force et de rigueur, comme les socialistes l’avaient promis durant leur campagne. Arrive un moment où il est impossible de renoncer aux souvenirs du passé. Il faut l’affronter, avec ses fantômes, pour éviter que ceux-ci infligent une blessure qui ne se guérira jamais. C’est ce que parvient à faire mon personnage d’ « Etreintes brisées », qui renonce au pseudonyme qu’il a utilisé pendant 14 ans. Heureusement, les films et les négatifs ont plus de longévité que leurs auteurs. Ils nous survivront ».

MA CONCLUSION - « La dernière réplique dit : « Les films, il faut les terminer, même à l’aveuglette ». Je suis intimement convaincu que le cinéma perfectionne la vie. Quelles que soient les tribulations par lesquelles on passe dans la vie réelle, au cinéma, tout peut s’arranger. Il faut simplement éviter que quelqu’un s’interpose dans le processus de fabrication. Le réalisateur doit terminer son film même s’il est en chaise roulante, sous cathéter ou tente à oxygène (comme John Huston sur le tournage des « Gens de Dublin »). Et au montage, un film doit être respecté dans son intégrité, comme l’a imaginé son auteur ».

MA PALME D’OR - « Je vais quitter Cannes vendredi pour ne pas donner l’impression que j’attends ce prix. Mais je suis prêt à revenir dimanche (rires) pour recevoir le prix du meilleur acteur ou du metteur en scène… »

Vincere, de Marco Bellochio

Mardi 19 mai 2009

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Le résumé : Au début du siècle, entre Trente et à Milan, un  jeune membre du Parti socialiste se fait remarquer par sa fougue et son impertinence. Devant une assemblée médusée, Benito Mussolini défie Dieu de le foudroyer. En 1914, la guerre éclate et Mussolini se sépare des socialistes pacifistes. Il est résolument va-t’en guerre et patriote. Un an plus tard, il accueille très froidement la naissance de son premier fils.  La mère de l’enfant, Ida Dalser, est prête à tout pour aider Mussolini à atteindre ses rêves de grandeur. Elle vend l’ensemble de ses biens pour lui permettre de lancer son propre journal, le “Il Popolo d’Italia”. Mais l’ingrat l’écarte pour entreprendre son ascension dans le parti fasciste. Jusqu’à sa mort, Ida se battra en vain pour faire reconnaître son mariage et son enfant avec le Duce.

Notre commentaire : A partir d’un fait méconnu, Marco Bellocchio développe un film qui captive et qui recourt avec une grande intelligence aux images d’archives. Le film est sans doute nécessaire, à l’heure où semble se renforcer la nostalgie d’une partie de la jeunesse italienne pour un passé fasciste qu’elle idéalise. Le destin de Benito junior, élevé dans un orphelinat et mort dans un asile psychiatrique à l’âge de 26 ans ne laisse pas d’interpeller. Quel besoin de protection exprime un pays qui se donne un “Guide” pareil ? Quels descendants peut enfanter un système fasciste ? Dans un plan fugace, un slogan peint sur un mur montre à quel point les efforts d’Ida sont voués à l’échec. On lit : “Le Duce a toujours raison”.

La première image du film : Un groupe d’hommes en costume noir s’apprête à céder la parole à un jeune inconnu dans une assemblée politique.

La réplique : “Mieux vaut un baptême qu’un enterrement…”

Antichrist, de Lars von Trier

Lundi 18 mai 2009

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Le résumé : Echappant à leur surveillance un instant, le garçonnet d’un couple monte sur le rebord de la fenêtre et bascule dans le vide. La femme traverse une période de chagrin proche de la dépression profonde. Son mari thérapeute la dissuade de prendre des médicaments et tente de lui sortir de la tête ses idées négatives, liées à la culpabilité. Au cours d’intenses échanges, il la pousse à évoluer vers la sortie du tunnel, pratiquant notamment l’hypnose et l’exploration des peurs profondes de la jeune femme. Il poursuit l’expérience jusqu’à l’emmener dans une maison nichée a cœur d’une forêt profonde. Les troubles de la femme s’amplifient…

Notre commentaire : On attendait beaucoup (trop, certainement) du nouveau film de Lars von Trier, autour duquel le mystère a été soigneusement entretenu depuis des mois. Le prologue ultra stylisé travaille au ralenti et en noir et blanc le traumatisme originel du couple, où se mêlent explicitement sexe et culpabilité. Le film évolue ensuite en quatre chapitres, qui évoquent successivement les thèmes du chagrin, de la douleur et du désespoir. Dans ce face-à-face où la raison tente de dominer et de canaliser les émotions, Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg se livrent à un affrontement intense, sous la caméra toujours aussi attentive de Lars von Trier. La transition vers la forêt ouvre sur des visions fascinantes, inquiétantes et parfois morbides (une biche portante s’enfuit sans avoir fini de donner naissance à son faon). Les images travaillées sur toute l’étendue de la palette numérique et la qualité de la bande-son exercent un discret effet anxiogène, comme dans cette séquence où Charlotte Gainsbourg cherche en vain un enfant dont les pleurs semblent pourtant proches. La dernière partie est celle du basculement attendu vers… Vers quoi, au juste ? La folie ? La suprématie du Mal ? Le triomphe de la nature (« l’Eglise de Satan ») sur les pauvres humains ? On ne sait trop, car de basculements arbitraires en rapprochements confus (il est question des sorcières exécutées au 16ème siècle), Lars von Trier ne parvient qu’à nous convaincre d’un triste constat : il ne va pas très bien et le personnage interprété par Charlotte Gainsbourg aurait mieux fait de prendre ses médics. Lors de la projection de presse, quelques rires hystériques ont accompagné la dédicace du film au regretté réalisateur russe Andreï Tarkovski.

Le premier plan du film : Une main s’approche d’un robinet de douche, qui laisse échapper quelques gouttes, au ralenti.

La réplique : « Une femme qui pleure est une femme qui manigance »

Taking Woodstock, de Ang Lee

Lundi 18 mai 2009

Le résumé : Au nord de l’Etat de New York, au début des années 70. Des villageois refusent l’organisation d’un festival de musique pop, par peur de voir déferles les hippies. Dans une  bourgade voisine, un jeune homme saisit l’occasion au vol et propose des terrains de rechange : il y voit le moyen de renflouer les caisses du petit motel familial minable où personne ne s’arrête jamais. Le festival aura bien lui à deux pas de chez lui et attirera 500.000 personnes. Il bouleversera aussi à jamais la vie d’Elliot et de toute une génération.

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Notre commentaire : Tout comme dans  « The Ice Storm », le réalisateur Ang Lee propose une redécouverte plus tendre que cynique de l’esprit des années 70. Le film ne cherche jamais à donner « un point de vue imprenable » sur le concert et ses vedettes. Tout au contraire, il se concentre sur les bords de fourmilière. L’écran se fractionne souvent pour détailler les préparatifs et montrer les cohortes de festivaliers. Quand Elliot prend conscience que l’événement Woodstock a débuté, il en capte l’écho étouffé, près d’un lac, où barbotent des nudistes désinvoltes. Il respire à pleins poumons une brise nouvelle. Une brise nécessaire pour l’Amérique d’alors, empêtrée au Vietnam et engoncée dans son provincialisme. C’est sur ce dernier aspect que le film se montre à la fois précis et tendre : le personnage d’Elliot est représentatif d’une jeunesse conditionnée pour reprendre les entreprises familiales, toute dévouée à sa communauté et à ses bonnes manières. Ang Lee ne regarde pas avec nostalgie cette année Woodstock comme un âge d’or idéalisé. Il en fait l’événement-clé, mais presque fortuit, qui a ouvert la porte à toutes les expérimentations (artistiques, sexuelles, spirituelles, communautaires…). C’est presque surpris par l’audace de son initiative réussie qu’Elliot trouvera le cran d’assumer son homosexualité, de s’émanciper de sa mère juive radine et de son père au ressort cassé. Direction la Californie. Le script de James Schamus, complice habituel de Lee, paraît bien placé pour une récompense.

Le premier plan du film : Des fleurs violettes s’étendent à perte de vue dans une prairie ensoleillée, où butinent des abeilles heureuses.

La réplique :  « Je ne sais pas ce qu’on va faire maintenant. Probablement se disputer autour de l’argent. Se faire des procès »

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Kinatay, de Brillante Mendoza

Lundi 18 mai 2009

Le résumé : Manille, de nos  jours. Peping et Cecilia convolent en justes noces. Ils viennent d’avoir un bébé, malgré leur très jeune âge. Peping suit les cours de la police criminelle. Mais il n’a pas vraiment les moyens d’assumer une famille. Pour gagner un peu d’argent, il accepte de travailler pour un gang qui rançonne les vendeurs des rues, gère les trafics de toute sorte et punit les gêneurs. Peping entre littéralement dans la nuit : embarqué avec ses acolytes dans un minibus, il accompagne en toute complicité et en toute impuissance le voyage sans retour d’une prostituée qui a dérogé aux lois du milieu.

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Notre commentaire : Déjà en compétition l’an dernier avec « Serbis », le Philippin Brillante Mendoza tourne plus vite que son ombre. Cette urgence a ses avantages et ses limites. Il y a dans « Kinatay » (« Massacre ») une captation hyper réaliste de l’atmosphère de Manille, saturée de sons, d’odeurs, de couleurs et de frustrations. Ca vibre, ça gueule et ça suinte à tous les étages, dans le grouillement des rues surpeuplées. La limite du film, c’est l’impression de se retrouver un peu à court de carburant dans la deuxième moitié. La descente aux enfers de Peping se déploie en un trajet anxiogène souligné par des synthés chuintants et répétitifs. Le cinéaste atteint cependant tout à fait son but, puisqu’on ressent parfaitement à quel point le piège se referme sur le jeune marié. Et à quel point il est difficile de prévenir la corruption policière dans un contexte comme celui du film. Un film courageux, qui colle opportunément au point de vue du personnage principal : tous les choix de mise en scène renforcent le sentiment d’impuissance (ou de lâcheté) de Peping.

Le premier plan du film : Des couteaux tranchent des aliments sur un marché en plein air.

La réplique : « Si tu n’as que ton salaire de policier, tu n’as aucun avenir »

La Croisette en images

Lundi 18 mai 2009

Dans les salons du Carlton : on nous octroie une demi-heure d’entretien avec Jane Campion. Belle rencontre…

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A la conférence de presse de “Vengeance”, Johnny côtoie Johnnie…

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Il a neigé sur la Croisette…

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…pour les besoins de la promotion d’un film de Noël avec Jim Carrey.

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Johnny Hallyday, un corps de cinéma fondu au noir

Lundi 18 mai 2009

Comment transformer Johnny Hallyday en acteur de cinéma ? Le réalisateur de Hong-Kong Johnnie To a trouvé une recette en cinq étapes pour le film noir « Vengeance », montré hier en compétition à Cannes.

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CORPS ETRANGER - « Je suis complètement étranger ici », lance Johnny dans « Vengeance ». Qui connaît le chanteur à Macao et à Hongkong ? Personne. « J’étais perdu dans des villes où personne ne parle le français. Ca tombait bien, parce que mon personnage l’est aussi », confie l’acteur. Rien de tel qu’un bain d’inconnu pour faire oublier le Hallyday circus, les potins de la rubrique « people », Gstaad et la tournée d’adieux.

DOUBLER DELON - Le film devait à l’origine se faire avec Alain Delon qui a refusé. Sans doute pour un petit détail de scénario : le héros de « Vengeance » était atteint de la maladie d’Alzheimer… Le script a évolué vers une version plus noble : le personnage perd la mémoire a cause d’une balle fichée dans son cerveau. Belle idée de cinéma que de travailler la notion de vengeance, avec un homme qui en a oublié les raisons ! Johnny n’est pas convoqué pour donner de l’épaisseur à un personnage. Il accepte de se dissoudre sous nos yeux, avec son air triste et revenu de tout. Un choix plutôt courageux.  

 LE SOLITAIRE -  Johnny, le plus solitaire des gens très entourés ? La formule ne dérange pas le principal intéressé : « J’ai traîné toute ma vie l’absence d’un père. Et forcément, on se sert de son vécu pour jouer ce qu’on doit ». La solitude, il l’éprouve aussi face aux scénarios souvent indignes qu’on lui propose. Est-il possible qu’il puisse un jour s’affranchir du statut de chanteur et de vedette exploitée pour son statut ? Il est bien tard, mais qui sait ?

 UNE ICÔNE DE FILM NOIR - Dans « Vengeance », Johnny s’appelle Costello, tout comme Delon dans « Le Samouraï » de Jean-Pierre Melville. Il porte aussi un chapeau et un imperméable noir. Et il parle peu. Les personnages s’expriment le plus souvent en deux ou trois mots dans « Vengeance », rarement plus de cinq. Un choix qui a ravi Johnny : « Du temps où je tournais « Détective », Godard venait chaque matin avec deux pages de texte à apprendre pour midi. Ici, j’ai eu droit à un scénario complet, contrairement à la plupart des autres acteurs. Avoir à communiquer avec un réalisateur chinois n’était pas si difficile que ça : il fallait juste être au bon endroit au moment où l’on faisait les scènes. Johnnie To est précis au millimètre».

 DILATER LE TEMPS - L’auteur de « Retiens la nuit » a passé sa vie à ça : dilater le temps. Rester « l’idole des jeunes » jusqu’aux 65 ans qu’il affiche aujourd’hui. Le Johnny 2009 de « Vengeance » et bi-face : dans des ralentis d’anthologie (comme chez Sergio Leone), il est en effet ce trompe-la-mort qui défie le temps. Mais sur une plage au petit matin, il est aussi le papy gâteux qui déjeune avec une ribambelle de bambins. « Un moment de tendresse qui était nécessaire au film », confie-t-il dans un sourire. Surarmé dans le film, désarmant au naturel.

Jeanne Balibar, pour nous seuls

Vendredi 15 mai 2009

Séance de 14 heures à la Quinzaine des réalisateurs. On passe “Ne change rien” de Pedro Costa. En noir et blanc, Jeanne Balibar prépare les sessions d’enregistrement de son album, avec Rodolphe Burger et ses musiciens. Elle prend aussi des leçons de chant, pour répéter la Périchole d’Offenbach. Une expérience radicale. Une proximité et une intimité rares avec des artistes au travail. La voix rauque de Jeanne. C’est tout simplement magique

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Jane Campion, une comète

Vendredi 15 mai 2009

A Cannes, elle présente « Bright Star ». La cinéaste Jane Campion a pourtant tout d’une comète. Portrait.

 campionSe souvenir qu’elle vient des antipodes. Bien avant le cinéaste du « Seigneur des anneaux », Peter Jackson, Jane Campion a fait exister la Nouvelle-Zélande dans l’univers macho du cinéma. Il l’était à son apparition 1986, il l’est resté : sur vingt films en concours à Cannes, seuls trois sont dirigés par des femmes.

Fille d’artistes de théâtre, Jane Campion s’est d’abord formée à la peinture. Elle s’impose comme une éblouissante cinéaste de la sensation avec ses trois premiers courts-métrages. Palme d’or du genre, « Peel » reste pour beaucoup ce qu’elle a fait de meilleur, à partir de presque rien : un voyage énervé en voiture, un père qui râle contre le pelures d’orange lâchées par son gosse depuis la fenêtre…

Passée au long avec « Sweetie », Jane Campion s’impose un défi maximal : montrer la beauté d’une laide, obèse, infantile et chieuse. La moitié de Cannes hurle au voyeurisme. Mais le pari est gagné : la Néo-Zélandaise montre la difficulté à exister en tant que femme. A s’affirmer, à faire respecter ses désirs. Elle fraye avec celles qui ont côtoyé l’asile pour y parvenir, comme la romancière Janet Frame d’« Un ange à ma table ».

Peu le savent mais « La Leçon de piano » marque en 1993 un point de rupture : Jane gagne une Palme d’or à Cannes (la première jamais décernée à une femme), mais perd l’enfant qu’elle portait à son terme. Elle donnera naissance trois ans plus tard à sa seule fille, Alice.

« Bright Star », son nouveau film, démarre en 1818. Mais la réalisatrice montre que rien n’a vraiment changé. Dès l’ouverture, Fanny Brawne doit tenir tête à la muflerie des hommes. Montrer qu’elle sera capable de s’intéresser à autre chose qu’à la mode. A la poésie de son voisin John Keats, qui sait ?

Par affinité ou par contrainte des producteurs, Jane Campion revient au romantisme. Elle pointe notre formidable propension à créer autour de nous un cocon de restrictions. Comme personne, elle sait traduire dans un plan l’épanouissement amoureux : l’héroïne d’ «Un Ange à ma table » nageait nue dans la mer au lendemain de sa première nuit d’amour, celle de « Bright Star » se laisse renverser sur son lit par un souffle qui gonfle le rideau.

La Jane Campion 2009 est ligne claire, tendance téléfilm de luxe pour la BBC. Comment murmurer la beauté de la poésie aux blasés qui vont soupirer devant ses images trop apprêtées ? L’insurgée se crispe dans une pose littérale. On voudrait croire avec elle que nous sommes faits pour des sentiments plus grands que notre époque étriquée. Pauvres adultes empêtrés auxquels « Bright Star » renvoie (à nouveau) le miroir d’un regard d’enfant. Il faudrait que Lady Jane mette moins de mots dans ses images et davantage de sensations. Revenir à l’enfance de son art. Histoire de coller à la définition de la poésie donnée par Keats : « Plonger dans un lac. Pas pour revenir tout de suite sur la berge. Pas pour comprendre le lac. Mais pour s’abandonner à la sensation de l’eau ».

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Fish Tank, d’Andrea Arnold

Vendredi 15 mai 2009

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Le résumé : Mia n’a pas la vie facile. A 15 ans, elle est en pétard avec à peu près tout le monde. Avec sa mère, à peine moins ado qu’elle. Avec sa petite sœur Tyler. Entre les trois, les appellations tendres fusent : « Pouffe ! », « Sale Pute ! », « Salope ! ». Dans son univers de HLM sans horizon, Mia se ménage quelques échappées : elle répète des chorégraphies seule dans un appartement squatté, manque de voler un cheval à des gitans… L’arrivée du nouvel ami de sa mère, Connor, met Mia dans un trouble nouveau : elle est à la fois furieuse de cette nouvelle intrusion et sensible à cet homme qui lui manifeste de l’intérêt et de la douceur. Cette attirance grandit et semble réciproque…

Commentaire : Déjà récompensée à Cannes pour « Red Road », la Britannique Andrea Arnold livre un film impressionnant de justesse sur l’adolescence, entièrement placé du point de vue de sa jeune héroïne. La réalisatrice réussit dans un même mouvement à marier le meilleur du cinéma de Ken Loach (l’inscription sociale) et le meilleur des frères Dardenne (le sens de l’espace, les courses à perdre haleine, à coller à un personnage). « Fish Tank » fait partie de ces films rares qui déploient une énergie folle à décrire la vie quotidienne des déclassés, de manière aussi incisive qu’empathique. Andrea Arnold présente un univers clos, où le respect de soi-même ne  s’acquiert pas en visionnant des vidéos de  R’n B ou en observant les adultes.

La première image du film : En plongée, la caméra nous fait découvrir Mia, le dos courbé après une répétition en solitaire de sa chorégraphie.

 La réplique : « Tu as l’œil enflé. Ton père a raté ta bouche ? »