Archives pour la catégorie ‘Compétition’

Le palmarès

Dimanche, mai 24th, 2009

Palme d’or, Prix de la Fédération internationale de la presse cinématographique (Fipresci), Prix de l’Education nationale : “Le Ruban blanc“, de Michael Haneke

weisse_band

 

 

 

 

 

 

 Grand prix : “Un prophète” de Jacques Audiard

prophete

 

 

 

 

 

 

 Prix de la mise en scène : “Kinatay” de Brillante Mendoza (photo)

mendoza1

 

 

 

 

 

 

 Prix du scénario : Mei Feng, pour “Nuits d’ivresse printanière” (photo) de Lou Ye

nuit_divresse

 

 

 

 

 

Prix d’interprétation féminine : Charlotte Gainsbourg pour “Antichrist”, de Lars von Trier

Prix d’interprétation masculine : Christoph Waltz pour “Inglourious Basterds”, de Quentin Tarantino

Prix du jury (ex-aequo) : “Fish Tank” d’Andrea Arnold

fish_tank

 

 

 

 

 

 

 …et “Thirst, ceci est mon sang” de Park Chan-wook

thirst1

 

 

 

 

 

 

  Prix du jury oecuménique  : “Looking for Eric” de Ken Loach

looking_for_eric

 

 

 

 

 

 

Caméra d’or : “Samson and Delilah” de Warwick Thornton

Visage, de Tsai Ming-liang

Dimanche, mai 24th, 2009

visages

 

 

 

 

 

 

Le résumé : Un réalisateur chinois doit tourner à Paris un film lointainement inspiré par les figures de Salomé et de Saint Jean-Baptiste (peint par Leonardo Da Vinci). Il est cependant perturbé par la mort inattendue de sa mère, restée au pays. Le tournage se poursuit, au jardin des Tuileries et dans  les entrailles du Louvre, avec des comédiens emblématiques du cinéma français : Jean-Pierre Léaud, Fanny Ardant, Laetitia 0Casta, Jeanne Moreau.

Notre commentaire : « Visage » est la première contribution  d’une série de commandes passées par le Musée du Louvre, sous le titre : « Le Louvre s’ouvre aux cinéastes ». Le réalisateur taiwanais Tsai Ming-liang s’acquitte du travail sans s’attarder dans les salles de la prestigieuse institution. Une séquence à peine s’y déroule, et encore, par effraction. C’est plutôt à l’exposition des motifs favoris de son univers esthétique et affectif que nous convie l’auteur de « La Saveur de la pastèque » (film essentiel des années 2000). Tsai se pose une question toute simple : comment filmer des visages aimés ? L’Antoine Doinel des « 400 coups » fait écho à son interprète retrouvé 50 ans plus tard, Jean-Pierre Léaud. Et si Antoine était l’interprète fétiche de François Truffaut, Lee Kang-sheng est à nouveau l’acteur fétiche de Tsai, partagé entre prostration (le deuil de la mère) et ferveur créatrice. Le film souigne ce qui fait lien dans une vie comme dans un parcours artistique. Il invente des séquences d’une formidable puissance burlesque (un cerf se cogne contre un miroir en forêt) et d’une sensualité soyeuse, célébrant moins l’art du récit que l’art pour l’art.

La première image du film : Une tasse de café laissée sur une table dans un établissement public. Hors champ, une voix au téléphone : l’assistant de production apprend que le rendez-vous prévu avec l’acteur au café a été manqué de peu. Un malentendu à propos de l’horaire. L’acteur est chez le dentiste…

La réplique : « Le mouvement des rockings chairs m’amène aux plaisirs de la chair »

Soudain le vide, de Gaspar Noé

Vendredi, mai 22nd, 2009

soudain_le_vide1

Le résumé : Un frère et sa soeur vivotent à Tokyo. Lui deale des drogues pour subvenir à sa consommation assidue, elle s’exhibe dans une boîte de strip-tease. Cerné par la police dans les toilettes d’une boîte de nuit, le jeune homme se fait tirer dessus et meurt. Son âme sort de son corps et flotte au-dessus de la ville, au-dessus d’une vie, mêlant passé, présent et futur.

Notre commentaire : Le Français Gaspar Noé aime les dispositifs inédits. “Irréversible” racontait une histoire à rebours, en commençant par la fin. “Soudain le vide” part lui aussi d’une fin apparente pour remonter aux origines d’un traumatisme (les deux enfants déboussolés ont perdu leurs parents en bas âge). Ce n’est pas la première  fois qu’un film est tourné entièrement en caméra subjective (plaçant ainsi le spectateur dans les yeux du personnage principal). Mais Noé radicalise le dispositif et joue la carte du trip sous acide, de manière à restituer le Graal de tous les amateurs de substances psychotropes : avoir une “out of the body experience”. Le cinéaste recourt à de prodigieuses images d’artistes vidéo pour traduire les visions suscitées par la drogue. L’entier du film cherche à restituer cette perception décalée, dans un Tokyo nocturne, où pulse une musique techno assourdissante (signée par l’un des membres du groupe Daft punk). La maîtrise de la caméra est par instants confondante de virtuosité. Mais le réalisateur cherche moins à perturber notre perception et à ouvrir le champ des interprétations qu’à rendre la trame du récit bien lisible. Au bout du compte, le film est beaucoup plus saisissant comme expérience sensorielle pure que comme exploration de l’âme humaine. Cette caméra surplombante qui se glisse partout finit par se montrer bien voyeuse, pénétrant avec insistance dans les chambres d’un “Love Hotel” et proposant un plan pornographique inédit : la vision endoscopique d’un coït.

La première image du film : Vu du balcon d’un immeuble, un avion à réaction survole Tokyo de nuit et s’éloigne dans l’obscurité.

La réplique : “Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que mon frère est toujours là, au-dessus de moi”.

The Time that remains (Le Temps qui reste), d’Elia Suleiman

Vendredi, mai 22nd, 2009

time

Le résumé : Par un soir de pluie, Elia prend le taxi pour se rendre à Nazareth, sa ville natale. Il se souvient du 16 juillet 1948, quand le maire de la ville a signé la reddition devant l’armée israélienne. Il se souvient de son père, maquisard pourchassé pour confection d’armes clandestines. Il se souvient de la « normalisation » de la vie à Nazareth, des patrouilles, de l’Intifada et des contrôles absurdes. Le film fait la chronique de la vie d’une famille chrétienne palestinienne, profondément attachée à sa terre, dont les membres s’effacent les uns après les autres, au fil du temps.

Notre commentaire : A la fois réalisateur et interprète du film, Elia Suleiman raconte l’histoire de sa famille et rend hommage à ses parents. Il ne prononce pas une seule parole dans le film. Parti pris volontaire, puisque les arabes israéliens n’ont pas voix au chapitre. Comme dans « Chronique d’une disparition » et « Intervention divine », Suleiman pratique un burlesque minimaliste proche de Buster Keaton et Jacques Tati. A situation politique ubuesque, gags sophistiqués : Elia pratique cet humour qui est la politesse du désespoir avec élégance, mais d’une manière un rien mécanique. Les situations en apparence répétitives marquent l’impuissance des individus à modifier un destin qui leur est imposé. Dans une scène magnifique, les enfants de l’école regardent « Spartacus » (l’insurgé ultime) qui clame son envie de « tout savoir » : belle manière de briser l’enfermement. Un plan cruel, déjà vu dans les précédents films de Suleiman, donne à réfléchir : on y voit trois individus désoeuvrés à l’angle d’une rue, devant une boutique de souvenir ringards (évidemment déserte). La boutique s’appelle « The Holy Land » (la Terre sainte).

Le premier plan du film : Un chauffeur de taxi ouvre le coffre d’une voiture, y glisse une valise et referme le coffre.

La réplique : « Je ne sais même pas où je suis » (le chauffeur de taxi)

Carte des sons de Tokyo, d’Isabel Coixet

Vendredi, mai 22nd, 2009

map1

Le résumé : Un Espagnol exilé à Tokyo (Sergi Lopez) tente de surmonter le deuil de son amie japonaise, qui s’est suicidée. Il entame une liaison charnelle avec une fille étrange, qui pourrait bien avoir été envoyée par le père de la première pour lui régler son compte.

Notre commentaire : Nous attendions avec intérêt la contribution de la troisième femme en concours, l’Espagnole Isabel Coixet. S’il avait été présenté en début de festival, il aurait peut-être rencontré notre indulgence. Mais au terme du marathon cannois, force est de reconnaître un grand accablement face à un film aussi dénué d’enjeu et aussi artificiel. Quelques plans bien sentis ne suffisent pas à chasser la désagréable impression de se trouver devant un artefact calibré pour bobos en mal d’exotisme.

Le premier plan du film : Des hommes d’affaires dégustent des sushis disposés sur le corps nu de jeunes femmes allongées sur les tables d’un restaurant.

La réplique : « Comment faire confiance à un type qui passe  toute sa journée au cinéma ?”

Mussolini et Hitler, dans le miroir du cinéma contemporain

Vendredi, mai 22nd, 2009

Deux films du Festival de Cannes s’approprient les grandes figures du fascisme. « Vincere » de l’Italien Marco Bellocchio éclaire le parcours du Duce. « Inglourious Basterds » de l’Américain Quentin Tarantino brûle la caricature du Führer.

A mesure que s’éloigne la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, comment maintenir auprès des générations d’après la Shoah la conscience aiguë de ce que fut le fascisme ? Comment saisir sa nature profonde, sans la caricaturer ? Comment aider à comprendre l’attrait qu’il exerça sur les masses ? Le cinéma possède ce pouvoir démesuré et ambigu de proposer des représentations qui marquent les esprits. Chaque film renforce ou modifie des codes, des perceptions. « Vincere » et « Inglourious Basterds » sont aux antipodes dans leurs ambitions et dans les effets qu’ils cherchent à susciter. Il vaut la peine de les comparer sur deux points qu’ils ont en commun.

L’IMPORTANCE DE LA PAROLE - « Nous étranglerons le dernier roi avec les tripes du dernier pape », rugit le jeune Benito Mussolini dans le film de Marco Bellocchio. C’est pourtant le même homme qui, quinze ans après ses provocations socialistes, signera les accords du Latran (fondant la légitimité de l’Etat du Vatican). Violence d’une formule initiale destinée à frapper les esprits et à se démarquer de la masse des timorés. Violence d’un reniement qui en dit long sur la capacité à nouer des alliances opportunistes. Chez Quentin Tarantino, la langue prêtée aux nazis est aussi celle du caméléon.

waltz

 L’ahurissant colonel Landa (la révélation Christoph Waltz, en photo) passe aisément du français, à l’anglais, de l’allemand à l’italien, sans accent. Elle consacre l’emprise que peut exercer la parole, jusqu’à l’envoûtement. Ce jeu avec la langue qui produit des effets comiques est égocentrique chez l’Américain. Il est sèchement révélateur d’un fait historique chez l’Italien. De même, quand il s’agit de donner la parole aux dictateurs, Bellocchio et Tarantino divergent : le premier donne à voir les discours du vrai Mussolini en images d’archives, inquiétant dans sa mégalomanie délirante. Le second fait éructer un acteur qui « joue » Hitler, rassurant dans sa conformité à la caricature.

LES IMAGES ET LA PROPAGANDE - A l’heure où la télévision n’existait pas, les fascistes ont su impressionner les foules par des images de propagande. Dans « Vincere », des actualités d’archives exaltent des femmes italiennes en train d’allaiter. Le contre-champ du film montre l’envers de cette sollicitude : Mussolini renie sa première femme et son enfant, qui finiront à l’asile puis à la fosse commune. Les images sont là pour nous dérouter de la réalité et pour nous perdre, rappelle Bellocchio. « Inglourious Basterds » fait l’inverse : en filmant les préparatifs d’un attentat projeté lors d’une avant-première cinématographique avec le gratin nazi (Führer compris), Tarantino met en scène un drôle de suspense, où le cinéma aurait le pouvoir de sauver le monde. Il démontre tout au plus que quelques juifs ont pris leur revanche après coup grâce au cinéma. Mais que valent les millions qu’engrangera le producteur Harvey Weinstein, en regard des six millions de juifs exterminés par la démence fasciste ?

tarantino1

 

 

 

 

 

 

Quentin Tarantino, sur le tournage d’ “Inglourious Basterds”

A l’origine, de Xavier Giannoli

Jeudi, mai 21st, 2009

a_lorigine11

Le résumé : A sa sortie de prison, un petit escroc sans ressources (François Cluzet) vivote en montant de petites arnaques. Dans le nord de la France, il échoue par hasard dans une commune sinistrée : la construction d’un segment d’autoroute a été interrompue, plongeant 25% de la population dans le chômage. Le nouveau venu se fait passer pour un représentant de l’entreprise de génie civil. Gagnant la confiance de fournisseurs et de loueurs de machines de chantier, il fait repartir les travaux, suscitant une vague d’espoir et un élan collectif autour de lui.

Notre commentaire : Le film de Xavier Giannoli est basé sur une histoire vraie, assez extraordinaire. Lors du générique de fin, un carton nous apprend que la direction de l’équipement jugea les travaux « conformes » dans le fait divers réel. « A l’origine » offre une métaphore parfaite de l’économie actuelle, avec ses zones d’ombre, ses tireurs de ficelles occultes, ses circuits de financement opaques, sa chaîne de production qui carbure à la confiance, alors que personne ne connaît personne ou presque. Le réalisateur parvient à donner une dimension abstraite à l’activité la plus concrète qui soit. La route est construite, mais son principal artisan s’avise au final qu’il ne sait pas où elle mène ! François Cluzet est parfait dans ce grand manitou d’une fuite en avant maximale. Il incarne le déclassé qui retrouve une raison de vivre en rendant l’espoir à ceux qui partagent sa condition. En recourant à l’écran large et à une musique parfois emphatique, Xiavier Giannoli (notre photo) donne du souffle à une entreprise gonflée.

gannoli 

La première image du film : Dans les couloirs du métro, un policier pose sa main sur le manteau d’un inconnu blotti sur les banquettes.

La réplique : « C’est un drôle de truc de pouvoir changer la vie des gens ».

Les herbes folles, d’Alain Resnais

Jeudi, mai 21st, 2009

Le résumé : Marié depuis 30 ans, installé dans une maison confortable, Georges Palet (André Dussollier) ramasse dans un parking le passeport d’une inconnue (Sabine Azéma). Il tient à lui rapporter mais fantasme une possible rencontre amoureuse.

herbes_folles1 

Notre commentaire : Alain Resnais (86 ans) cumule les plaisirs avec ce film léger et libre : plaisir de retrouver des acteurs qu’il apprécie et qui ont souvent joué pour lui ; plaisir de raconter l’histoire (inspirée d’un roman) à sa manière de Français cartésien amateur de « nonsense » britannique ; plaisir d’emmener le spectateur sur des terrains insolites (le cabinet d’une dentiste ; la voltige aérienne) ; plaisir des mots prononcés, ravalés, repris, reconsidérés, triturés… Les enchaînements rappellent le principe de « Smoking / No smoking » : il se pourraient que les choses tournent d’une certaine manière, à moins que ce ne soit l’inverse. C’est exquis, délicieux comme le champagne, jazzy comme des improvisations en solo à partir de standards de la comédie de boulevard. Alain Resnais dit avoir aimé ces personnages « qui déploient une vitalité incroyable dans ce que l’on peut considérer comme une course à l’erreur ». Ces « herbes folles » sont comme celles qui poussent dans la saignée du goudron : l’irruption de l’irrationnel sur l’autoroute des vies bien réglées.

La première image du film : Le titre « Les herbes folles » apparaît dans l’embrasure noire d’un donjon niché dans la verdure.

La réplique : « Quand vous sortez du cinéma, rien ne vous surprend. Tout peut arriver avec le plus grand naturel »

Vincere, de Marco Bellochio

Mardi, mai 19th, 2009

vincere

Le résumé : Au début du siècle, entre Trente et à Milan, un  jeune membre du Parti socialiste se fait remarquer par sa fougue et son impertinence. Devant une assemblée médusée, Benito Mussolini défie Dieu de le foudroyer. En 1914, la guerre éclate et Mussolini se sépare des socialistes pacifistes. Il est résolument va-t’en guerre et patriote. Un an plus tard, il accueille très froidement la naissance de son premier fils.  La mère de l’enfant, Ida Dalser, est prête à tout pour aider Mussolini à atteindre ses rêves de grandeur. Elle vend l’ensemble de ses biens pour lui permettre de lancer son propre journal, le “Il Popolo d’Italia”. Mais l’ingrat l’écarte pour entreprendre son ascension dans le parti fasciste. Jusqu’à sa mort, Ida se battra en vain pour faire reconnaître son mariage et son enfant avec le Duce.

Notre commentaire : A partir d’un fait méconnu, Marco Bellocchio développe un film qui captive et qui recourt avec une grande intelligence aux images d’archives. Le film est sans doute nécessaire, à l’heure où semble se renforcer la nostalgie d’une partie de la jeunesse italienne pour un passé fasciste qu’elle idéalise. Le destin de Benito junior, élevé dans un orphelinat et mort dans un asile psychiatrique à l’âge de 26 ans ne laisse pas d’interpeller. Quel besoin de protection exprime un pays qui se donne un “Guide” pareil ? Quels descendants peut enfanter un système fasciste ? Dans un plan fugace, un slogan peint sur un mur montre à quel point les efforts d’Ida sont voués à l’échec. On lit : “Le Duce a toujours raison”.

La première image du film : Un groupe d’hommes en costume noir s’apprête à céder la parole à un jeune inconnu dans une assemblée politique.

La réplique : “Mieux vaut un baptême qu’un enterrement…”

Antichrist, de Lars von Trier

Lundi, mai 18th, 2009

antichrist

Le résumé : Echappant à leur surveillance un instant, le garçonnet d’un couple monte sur le rebord de la fenêtre et bascule dans le vide. La femme traverse une période de chagrin proche de la dépression profonde. Son mari thérapeute la dissuade de prendre des médicaments et tente de lui sortir de la tête ses idées négatives, liées à la culpabilité. Au cours d’intenses échanges, il la pousse à évoluer vers la sortie du tunnel, pratiquant notamment l’hypnose et l’exploration des peurs profondes de la jeune femme. Il poursuit l’expérience jusqu’à l’emmener dans une maison nichée a cœur d’une forêt profonde. Les troubles de la femme s’amplifient…

Notre commentaire : On attendait beaucoup (trop, certainement) du nouveau film de Lars von Trier, autour duquel le mystère a été soigneusement entretenu depuis des mois. Le prologue ultra stylisé travaille au ralenti et en noir et blanc le traumatisme originel du couple, où se mêlent explicitement sexe et culpabilité. Le film évolue ensuite en quatre chapitres, qui évoquent successivement les thèmes du chagrin, de la douleur et du désespoir. Dans ce face-à-face où la raison tente de dominer et de canaliser les émotions, Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg se livrent à un affrontement intense, sous la caméra toujours aussi attentive de Lars von Trier. La transition vers la forêt ouvre sur des visions fascinantes, inquiétantes et parfois morbides (une biche portante s’enfuit sans avoir fini de donner naissance à son faon). Les images travaillées sur toute l’étendue de la palette numérique et la qualité de la bande-son exercent un discret effet anxiogène, comme dans cette séquence où Charlotte Gainsbourg cherche en vain un enfant dont les pleurs semblent pourtant proches. La dernière partie est celle du basculement attendu vers… Vers quoi, au juste ? La folie ? La suprématie du Mal ? Le triomphe de la nature (« l’Eglise de Satan ») sur les pauvres humains ? On ne sait trop, car de basculements arbitraires en rapprochements confus (il est question des sorcières exécutées au 16ème siècle), Lars von Trier ne parvient qu’à nous convaincre d’un triste constat : il ne va pas très bien et le personnage interprété par Charlotte Gainsbourg aurait mieux fait de prendre ses médics. Lors de la projection de presse, quelques rires hystériques ont accompagné la dédicace du film au regretté réalisateur russe Andreï Tarkovski.

Le premier plan du film : Une main s’approche d’un robinet de douche, qui laisse échapper quelques gouttes, au ralenti.

La réplique : « Une femme qui pleure est une femme qui manigance »