Le sommeil des justes

Jeudi 22 mai 2008

Vannés par leurs quatre à cinq projections quotidiennes depuis une semaine, les festivaliers commencent à piquer du nez pendant les séances. Respirations sifflantes et discrets ronflements se font entendre, malgré la puissance démente du son dans les salles (100 dB faciles!…). Attaché de presse et habitué du festival, Jean-Yves Gloor a une sortie poilante pour commenter ce phénomène : “On ne s’endort que dans les films en lesquels on a confiance!”

“Surveillance”, de Jennifer Lynch

Mercredi 21 mai 2008

La fille de David Lynch a présenté son deuxième film en séance de minuit, hors concours, mercredi à Cannes. Le sanglant « Surveillance » trahit une double difficulté : celles des femmes à trouver place en sélection et, pour les enfants de célébrités, d’échapper à l’ombre écrasante de leurs aînés.

 « Un pur divertissement ! » C’est ainsi que Jennifer Lynch (40 ans) définit « Surveillance ». Mais comment pourrait-on considérer comme un simple divertissement un film qui se place résolument sous le parrainage de son père David (producteur exécutif et auteur d’une des chansons du film) et d’Akira Kurosawa (dont il emprunte la structure de « Rashomon ») ? « Surveillance » se situe dans une province proche du Canada, aux étendues infinies. Un lieu presque désert où un meurtre brutal a été commis. Deux agents du FBI (Bill Pullman et Julia Ormond) viennent enquêter. Ils sont accueillis par les flics locaux, pris entre excitation et jalousie.

Jennifer Lynch installe un dispositif efficace : trois interrogatoires de témoins sont tenus de manière simultanée dans trois pièces différentes. Devant des moniteurs de contrôle, un des enquêteurs observe ces entretiens à l’écart. Deux des témoins ont leur part d’ombre : ils dissimulent les fait les plus embarrassants pour eux. Mais le film nous montre par flashes-back le déroulement effectif de la calamiteuse journée précédente. Seule une fillette de huit ans témoigne avec aplomb, bien qu’elle ait été confrontée au pire du pire.

La réalisatrice sait créer une tension idéale dans la convaincante première partie du film. Elle se régale à mettre en scène les mauvaises blagues de flics désoeuvrés (ils tirent dans les pneus des automobilistes pour aller les verbaliser ensuite et faire durer le petit manège du duo « bon flic-mauvais flic »). Mais plus il avance, plus le film peine à se dégager de l’ambiance « Twin Peaks » et du traditionnel pessimisme lynchien (le Mal absolu, sous la banalité quotidienne). Saturé d’hémoglobine et de perversité, le final donne l’impression que Jennifer Lynch n’a pas trouvé sa voie personnelle, autrement que dans une surenchère douteuse.

“La Femme sans tête”, de Lucrecia Martel

Mercredi 21 mai 2008

L’Argentine Lucrecia Martel installe un réel malaise dans « La Femme sans tête » (en compétition). Sur une route déserte de campagne, le long d’un canal à sec, une femme heurte violemment un passant. Moment saisissant filmé du point de vue de la conductrice. Moment de stupeur et de frayeur. Après avoir repris ses esprits, la conductrice repart sans se soucier de la victime. Il lui faudra plusieurs jours avant d’avouer la vérité : « J’ai tué quelqu’un sur la route ». Mais curieusement, personne autour d’elle ne semble prendre cela au sérieux. La police n’a signalé aucune victime. L’obstruction du canal lors d’un orage ne paraît pas liée à la présence d’un cadavre. Y a-t-il une conspiration des hommes autour de Véro ? Possible (ils sont médecins, avec une réputation à maintenir).

Comme dans « La Cienaga » et « La Niña Santa », Lucrecia sait créer ce sentiment d’étrangeté absolue, de détachement au monde de personnages décalés. Mais s’il est porté par un talent certain (mise en scène, ambiance sonore), le film déçoit, tant il paraît ne jamais commencer. Il donne surtout l’impression que cette unique contribution féminine en compétition aurait dû céder sa place à un film beaucoup plus réussi : « Home » de la Franco-Suisse Ursula Meier !

Delta

Mercredi 21 mai 2008

Le résumé : Dans le delta du Danube, un jeune homme sans nom vient commander une grande quantité de bois. Il a l’intention de construire sa maison, quelque part sur l’eau, à l’écart de toute civilisation. Il est aidé dans son entreprise par sa soeur, qu’il n’a jamais connue. Cette rupture dans le cours des choses entraîne une violente réaction des villageois.

Notre avis : Le film du Hongrois Kornel Mundruczo fait partie de ces oeuvres promues en compétition par la défection de plusieurs ténors du cinéma mondial (dont les films ne sont pas prêts pour Cannes). Autant dire qu’il tient plutôt bien son rang, sur le plan esthétique en tout cas. Le réalisateur tire en effet un profit maximal de son formidable décor, réseau de canaux qui isolent les hommes et donnent à l’espace une profondeur qui défie toute perception. Ses plans sont magnifiques, irrisés par une lumière superbe. Le parti pris de limiter au minimum les dialogues mettra à l’épreuve certains spectateurs, alors qu’il renforce l’étrangeté des situations. Parfois approprié, ce minimalisme tourne hélas à l’effet de style. Le personnage masculin, apathique et inexpressif, n’est pas à la hauteur de son vis-à-vis féminin, tout de densité  butée. Et la démarche de retrait du monde qu’adopte le réalisateur dissimule mal une vision assez primaire de la société (agressive, destructice et sans états d’âme). Au dernier plan, une tortue se glisse délicatement dans l’eau et dresse sa tête à la surface. Mundruczo rêve sans doute pour les humains de facultés identiques : la capacité à vivre dans deux biotopes, avec une carapace suffisante pour survivre aux épreuves.

Le premier plan du film : Un bateau glisse sur le Danube, au crépuscule.

La réplique : “Pas besoin de faire du feu. Il fait encore plus froid quand il s’éteint. C’est ce que disait notre père”. 

“L’échange”, de Clint Eastwood

Mercredi 21 mai 2008

« Ne commence jamais une bagarre ! Finis-la toujours ! », conseille Angelina Jolie à son fils dans « L’échange ». Clint Eastwood applique à fond ce principe dans son dernier film. La bagarre qui le motive, c’est le triomphe de la vérité. Et si bagarre il y a, c’est que la vérité est malmenée par des forces qui dépassent le pouvoir d’intervention de l’individu.

« L’échange » s’inspire de faits authentiques. A Los Angeles, en 1928, Christine Collins (Angelina Jolie) élève seule son fils Walter. L’enfant disparaît et sa raison de vivre avec. Quelques mois plus tard, la police convie la presse à d’émouvantes retrouvailles. Problème : le gosse qu’on pousse dans les bras de Madame Collins n’est pas le sien. Elle proteste. « Vous essayez d’échapper à vos devoirs de mère et d’obliger l’Etat à prendre en charge votre fils. Vous n’êtes qu’une idiote ! », lui lance le capitaine Jones, qui la fait interner chez les dingues. La police n’a pas de temps à perdre avec des mioches égarés, à l’heure de la prohibition.

 

L’indignation des justes et les bons sentiments pourraient empoisonner un tel film. Pas avec Clint Eastwood aux commandes. Il rend palpable la détresse individuelle de Christine Collins. Mais il démonte surtout la mécanique de l’injustice en lui donnant un écho universel. A l’ère du cynisme et du renoncement civique, Eastwood met en avant l’importance de contre-pouvoirs pour réguler un système corrompu.

 

« La police de Los Angeles s’est trouvée confrontée à de tels scandales tous les 20 ans environ », observait le réalisateur, hier matin à Cannes « Le cas de Christine Collins a peut-être été négligé parce qu’il s’agissait d’une mère célibataire. Mais avec l’aide d’un pasteur presbytérien, elle a trouvé un allié tenace pour obtenir des réponses. Un tel déni de justice serait sans doute possible aujourd’hui. Surtout dans des sociétés où les gens ne peuvent pas s’exprimer. Pour que les choses bougent, il faut que s’élève une voix dominante. Il doit y avoir un révolté (« mad as hell ») qui hausse le ton et tient bon. L’histoire de Christine Collins permet une formidable étude des comportements humains. Pensez : une simple femme qui tient tête aux autorités d’une ville pareille… »

 

En tant que maman (elle attend encore des jumeaux pour la fin du mois), Angelina Jolie s’est coulée facilement dans le rôle : « J’ai bien sûr tenté d’imaginer ma douleur et ma frustration si un drame pareil m’arrivait. Quelques mois avant le tournage, j’ai perdu ma propre mère. Et j’ai souvent pensé à elle, une femme passive à bien des égards, mais qui devenait une lionne quand il s’agissait de protéger ses enfants ». Clint Eastwood ? « Avec lui, chaque membre de l’équipe se sent respecté. Il a la classe et encourage chacun à donner le meilleur de lui-même. Ce que j’ai apprécié, c’est que nous réglions très rapidement les scènes les plus émotionnelles. Parfois, les réalisateurs ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent et on passe la journée à pleurer. Ici, c’était très concentré, très précis. »

 

A la question de savoir si sa notoriété pourrait faire obstacle à un prix d’interprétation, Angelina Jolie a eu une réponse élégante : « Si ce prix doit permettre à une actrice moins connue de booster sa carrière, c’est génial… ». Quant à savoir si « L’échange » repartira avec la Palme d’or, Clint Eastwwod a rappelé son expérience de président du jury en 1994. Sans le nommer, il a révélé que le film primé (« Pulp Fiction ») était « un bon film », mais pas son favori d’alors : « Sur une douzaine de personnes, chacun vient avec ses priorités. Ensuite émerge un choix collectif. On verra bien… »

Two Lovers

Mardi 20 mai 2008

Le résumé : Dans le New Jersey, à quelques encâblures de Manhattan, un trentenaire (Joaquin Phoenix) vit toujours avec ses parents qu’il aide au pressing. Le jeune homme fait la rencontre simultanée ou presque de deux femmes très différentes : la première est la fille des amis de la famille; la seconde (Gwyneth Paltrow) vit une relation compliquée avec un homme marié. Le coeur du garçon est partagé entre la raison familiale (qui le pousse vers la première) et ses sentiments (qui l’attirent vers la seconde).

Notre avis : C’est la troisième fois que le réalisateur James Gray présente un film en compétition avec Joaquin Phoenix dans le rôle principal (après “The Yards” et “La Nuit nous appartient”). Ce film se révèle très différent des précédents. D’un argument de comédie romantique, il tire un film très différent du genre hollywoodien en vogue et très brillant dans sa forme. La mise en scène d’une belle fluidité saisit les personnages dans des intérieurs miteux, sans relief, mais qui traduisent l’authenticité de l’univers de ces personnage en quête de transcendance amoureuse. Très bien interprété, le film accorde davantage de densité au personnage masculin qu’à ses comédiennes. Mais il reste de bout en bout d’une élégance suprême, donnant à ressentir la frustration de ces personnages qui attendent en vain que quelque chose advienne et change leur vie.

Le premier plan : Sur la jetée, de nuit, un homme de dos sous un réverbère s’apprête à sauter dans l’eau.

La réplique : “Tu as raison. “La Mélodie du bonheur” est un bon film. Sous-estimé”.

“Home” et “Le Silence de Lorna”

Mardi 20 mai 2008

Bousculade à l’entrée et accueil chaleureux au final : le film suisse présenté au Festival de Cannes a brillamment réussi son examen de passage dimanche soir, à la Semaine de la critique. Quant aux frères Dardenne, ils ont confirmé leur maîtrise de la direction d’acteurs dans « Le Silence de Lorna ».

 

On ne le savait pas, mais la Belgique a annexé la Suisse romande. C’est en tout cas ce que donnent à penser d’immenses affiches vantant le cinéma belge dans les allées du marché du film. Entre autres photos, on y voit Isabelle Huppert dans « Home », d’Ursula Meier. Un comble pour une production franco-suisse, réalisée par une franco-suisse, avec un financement belge minoritaire !

 

Le film se moque du reste de revendiquer une quelconque attache territoriale. Il se situe dans un nulle part imaginaire, à la fois étrange et familier. Une maisonnette abrite une famille, en lisière d’une autoroute en construction. Pas un véhicule de chantier à l’horizon, mais des champs à perte de vue. C’est l’été. La fille aînée prend le soleil à l’écart. Elle fume comme un pompier en écoutant du hardcore et les Young Gods. Le fils fait du vélo sur les quatre voies désertes. Le coin n’a rien de paradisiaque, mais le bonheur de la famille est manifeste. Pas de voisins, pas d’obligations stressantes – on finira la piscine quand on la finira -, l’insouciance de jeux bruyants et complices…

C’est la radio qui annonce la menace : l’autoroute va être prochainement ouverte. Quelques travaux de finition plus tard, ça y est. Les véhicules déferlent. La famille garde sa bonne humeur, mais les gestes les plus simples deviennent très compliqués. Pour lutter contre le boucan, papa isole et mure sa maison, au risque de faire suffoquer tout le monde. Entre l’asphyxie suicidaire et l’évasion, il va falloir choisir.

Le film d’Ursula Meier est une vraie réussite qui fonctionne à deux niveaux : dans la proximité immédiate qu’il fait ressentir avec les comédiens ; mais aussi dans sa puissance symbolique (le brouhaha médiatique, ramené aux communiqués débilitants de radio-autoroute). Isabelle Huppert et Olivier Gourmet incarnent des parents crédibles sans être de néo-hippies allumés. Avec sa réflexion sur le « chez soi » (« Home » !) et les conditions du bonheur, cette fable moderne est assez finaude pour ne jamais livrer de recettes simplistes.

Le Silence de Lorna

Il est peu probable que « Le Silence de Lorna » vaille aux frères Dardenne une troisième Palme d’or (après « Rosetta » et « L’Enfant »). Leur questionnement n’a pas changé : comment cheminer vers plus d’humanité dans notre inhumaine modernité ?. Il est cette fois question d’une jeune femme albanaise qui épouse un junkie pour mieux devenir belge et voguer plus loin. Les Dardenne ont pris pour centre ce qui régule l’ensemble des rapports actuels : la circulation de l’argent. A force de répétitions avec les acteurs (un mois et demi), ils ont décrassé les comportements, pour enregistrer les gestes qui disent la vérité des êtres (Lorna, servant de l’eau à son junkie comme à un chien). Ils ont su capter la dignité du type au fond du trou qui ne veut pas tomber plus bas. Des lois sur l’immigration, les Dardenne disent lucidement qu’ils les souhaiteraient plus humaines : « Il faut aller au-delà des régularisations au cas par cas. On devrait prendre en compte le regroupement familial, la scolarisation des enfants. Mais il ne faut pas être naïfs non plus. Beaucoup de gens attendent ici de pouvoir profiter de cette main-d’œuvre bon marché ».

Deux légendes, sinon rien

Mardi 20 mai 2008

On se souviendra longtemps de l’hommage rendu par le festival au doyen des cinéastes en activité : Manoel de Oliveira aura 100 ans cette année. Reçu sur la scène du Grand auditorium Lumière lundi, il s’est dit ravi de se voir attribuer ”enfin” une Palme d’or : “Je préfère la recevoir ainsi. Je n’aime pas la compétition. Je ne veux pas recevoir de Palme “contre” les autres cinéastes”. Devenu stakhanoviste du 7è art à plus de 75 ans (une vingtaine de longs métrages depuis!), le Portugais a de quoi faire rêver d’une longue carrière des cinéastes d’un âge respectable. A commencer par Clint Eastwood (77 ans), qui a assisté à l’hommage tout près de nous (Sean Penn était aussi là avec l’ensemble du jury). Croiser deux pareilles légendes dans la même séance, ça n’arrive pas tous les jours… La projection du premier film du Portugais (le documentaire “Douro, faina fluvial”, 1931) a suivi.  Le bel hommage de Gilles Jacob à Oliveira se lit ici : http://www.festival-cannes.fr/fr/article/56105.html

Indiana Jones fouette notre désir de comprendre les mondes enfouis

Lundi 19 mai 2008

C’est par des cris de joie jaillis du balcon que s’est ouvert le rideau hier après-midi à Cannes. Le festival projetait hors concours le film le plus attendu de l’année : « Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal ».

Dix-neuf ans se sont écoulés depuis « Indiana Jones et la dernière croisade ». Le temps qui passe a renforcé l’aura de l’archéologue le plus cool de la planète cinéma. Ses fans sont impatients de le retrouver. Leurs enfants n’ont jamais vu ses exploits qu’en DVD. Ressusciter un tel personnage revêt un formidable enjeu commercial (voir le plan médias mis en place depuis des mois). Mais cela comporte aussi des risques, tant le cinéma et ses codes ont évolué depuis 1981, date de l’apparition des « Aventuriers de l’arche perdue ».

 

La bonne idée du nouveau film est d’avoir fait vieillir Indiana Jones d’exactement 19 ans. Nous l’avions quitté en 1938, dans un monde qui n’avait pas encore connu la Shoah et le feu nucléaire. On retrouve l’aventurier au milieu des années cinquante. Démarrage fulgurant dans un désert voué aux essais des armes les plus effrayantes. C’est la meilleure partie du film : celle qui fera connaître aux adolescents d’aujourd’hui ce qui a marqué la guerre froide : l’espionnage, la chasse aux sorcières communistes, la mobilisation contre les armes atomiques, l’affrontement des deux blocs et la hantise de revivre Hiroshima.

 

Aux adolescents de 2008, Indiana Jones apparaîtra peut-être comme le professeur rêvé d’avant Internet : celui qui résout les énigmes par simples associations d’idées et vous fait visiter le train fantôme; celui qui donne envie d’amasser comme lui une prodigieuse culture dans le seul disque dur de son cerveau. Voilà du reste la conclusion du film : s’il y a quelque chose à amasser, c’est bien du savoir.

 

Du savoir-faire, Spielberg n’en manque pas : quand le scénario s’ensable un peu, il s’arrange pour que ce soient des sables mouvants. Dans le plus spectaculaire effort pour lier l’ancien cinéma d’aventure et le nouveau monde des jeux vidéo, une formidable poursuite en jeeps se double d’un duel à l’épée digne d’ « Ivanhoé ». « Le Royaume du crâne de cristal » est placé sous forte influence de George Lucas. Du coup, le charme des premiers films se dissipe dès que des prouesses numériques envahissent le champ de la psychologie. En conférence de presse, Spielberg a du reste reconnu sa réticence à faire tourner ses comédiens sur de simples fonds bleus.

 

Parmi les acteurs, l’impeccable Harrison Ford a bien besoin de son sourire et de son sens de l’ironie pour supporter le come-back de Karen Allen (sa partenaire des « Aventuriers… »). Face à lui, Shia LaBeouf paraît encore un peu fade pour coiffer un jour le chapeau d’Indy. En revanche, Cate Blanchett excelle en dominatrice russe. Quand le lien semble rompu entre les civilisations et que le professeur Jones manque de réponses, Spielberg regarde une fois encore du côté des étoiles. Comme s’il s’y nichait le mystère ultime qui ne se laisse pas inventer en images de synthèse: l’espace entre les espaces.

“24 City” et “Gomorra”

Lundi 19 mai 2008

D’un riche week-end en concours, deux titres au moins émergent : « 24 City » et « Gomorra ». Le premier évoque le recyclage en appartements de luxe d’une ancienne usine d’armement en Chine. Le cinéaste a choisi la forme documentaire pour approcher les ouvriers « retraités de force ». Leurs témoignages révèlent le poids de sacrifices et de privations sur lesquels se fonde la Chine des Jeux olympiques. Imperceptiblement, le documentaire se laisse gagner par la fiction, de la même manière que l’économie de marché (bien réelle) recouvre la fiction communiste. « 24 City » documente la mue d’un pays tout entier, avec précision et empathie.

Adapté du livre de Roberto Saviano, le solide et crédible « Gomorra » nous immerge dans les activités de la mafia napolitaine. Du trafic de drogue au retraitement des déchets toxiques, en passant par les ateliers de haute couture, on suit les « petites mains », mal payées, promises à une mort violente, sur fond de misère sociale. Le film fait ressentir l’effort quasi surhumain à accomplir pour renoncer à faire partie d’un tel système. /chg