“Entre les murs”, de Laurent Cantet
La confrontation d’un prof avec ses élèves d’un collège difficile est au cœur d’ « Entre les murs ». La troisième contribution française dans la compétition cannoise est un superbe lieu pour comprendre les enjeux de l’école d’aujourd’hui. Un film stimulant et sincère.
« Non, Rabah, l’argenterie, ce ne sont pas les gens qui habitent en Argentine ! » Début d’année dans un collège parisien. Les élèves ont 13-15 ans. La plupart viennent du Mali, de la Chine, des Antilles ou d’Afrique du Nord. Et forcément, beaucoup de mots leur échappent quand il faut analyser des textes. Si le prof de français les encourage à écrire leur autoportrait, ils rechignent. « Pourquoi ? Parce que votre vie n’est pas intéressante ? », s’étonne François.
« Entre les murs » montre en plans serrés ce que donne cette confrontation quotidienne avec des adolescents pas toujours motivés. Il se nourrit des énergies qui circulent dans la classe : l’énergie nécessaire pour se faire respecter, l’énergie mise à tenir tête au prof, les sensibilités à fleur de peau et les affirmations identitaires mal contrôlées.
« De plus en plus de gens parlent de « sanctuariser » l’école », dit le réalisateur Laurent Cantet (« Ressources humaines », L’Emploi du temps »). « Je voulais au contraire la montrer comme une caisse de résonance, un lieu traversé par les turbulences du monde, un microcosme où se jouent très concrètement les questions d’égalité et d’inégalité des chances, de travail et de pouvoir, d’intégration sociale et d’exclusion ».
Le film doit beaucoup à l’expérience personnelle de celui qui incarne François, le prof de français. Avant d’être adapté au cinéma, « Entre les murs » était d’abord un livre, la chronique d’une année scolaire, au ras des expériences quotidiennes (Folio, 2007). De celles-ci, le film retient l’élan d’un enseignant qui a compris qu’un élève et fait pour…« s’élever », justement. Un homme patient qui ne baisse pas les bras face aux insolences et à l’inertie. Un homme qui porte très haut les vertus de la confrontation verbale. Car François doit toujours reformuler ce qui sort de manière brute.
Les élèves qui jouent dans ce film à forte teneur documentaire ont tous participé pendant un an à des ateliers libres de théâtre : 25 sur 50 ont tenu toute l’année. « On est loin de ce qu’on entend si souvent à propos des castings d’adolescents. « On a rencontré 3000 gamins et on a trouvé la pépite ». Mais non : des pépites, il y en a un peu partout », témoigne François Bégaudeau. Sans verser pour autant dans l’angélisme. « L’école crée sans cesse des situations géniales ; mais on sait bien qu’en même temps elle est, au final, discriminante, inégalitaire… »
Ce film qui sortira en octobre est passionnant tant il traduit la complexité de l’école. Il donne à repenser les recettes toutes faites sur la discipline, la motivation, le respect de la parole d’autrui. Rien de tel pour les mettre à l’épreuve que de se caler entre les murs de la classe.

