“La frontière de l’aube”, de Philippe Garrel

 

Philippe Garrel est un artiste qui « chante dans son arbre » (comme disait Cocteau). Entendez qu’il installe un dispositif aussitôt reconnaissable, par son esthétique et par ses obsessions. Dans un noir et blanc violemment contrasté, ce film fertile en gros plans raconte le tiraillement d’un photographe pour une star suicidée (qui veut l’entraîner dans l’au-delà) et une femme amoureuse qui veut lui donner un enfant. Le visage des femmes est pour Garrel un paysage infini, qu’il ne cessera jamais d’explorer. Sur le fil du rasoir entre poignant et ridicule, le film doit son salut au fait qu’il est habité. L’art est pour Garrel un rempart contre le suicide et il le pratique avec la fièvre de ceux qui se méfient du bonheur bourgeois. Réplique emblématique : « C’est bien avoir un enfant. C’est comme sauter de la fenêtre, mais du bon côté ».

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