“Adoration” : la terreur de l’infiltration islamiste

Des films post 11 septembre, « Adoration » est probablement le plus sophistiqué et le plus intelligent : au terme d’une compétition marquée par beaucoup de films moyens, le dernier long métrage du Canadien Atom Egoyan (à gauche sur la photo) pourrait bien figurer au palmarès du 61ème Festival de Cannes.

Simon est un adolescent d’aujourd’hui. Il chatte sur Internet avec plusieurs interlocuteurs simultanés, en vidéo. Sauf que Simon raconte de drôles de trucs : sa mère se serait fait pincer un jour dans un aéroport alors qu’elle était enceinte de lui. Dans son sac, une bombe placée à son insu. Le père de Simon serait donc un terroriste sans cœur, capable de liquider froidement sa femme et son fils. Et Simon un miraculé. Cette histoire embrase les forums. D’autres personnes veulent témoigner qu’elles aussi reviennent des morts. Etre victime, voilà l’un des meilleurs moyens d’exister dans l’espace social  et médiatique ! « Nous avons poussé le statut de victime au stade où il nous rend aveugle à la souffrance des autres », proteste une internaute, au milieu d’un flot de réactions épidermiques.

Le problème, c’est que Simon a tout inventé : cette histoire n’est que le prétexte d’un exercice théâtral dans lequel l’a poussé sa prof (Arsinée Khandjian, plus troublante que jamais). Et Simon s’est pris au jeu car le doute subsiste sur son propre père : a-t-il tué délibérément sa mère sur la route quelques années plus tôt, en se jetant contre un camion ?

Comme la vérité, chaque film d’Atom Egoyan est un puzzle à l’issue incertaine. Le réalisateur assemble délicatement les pièces pour faire émerger le sens de ce qui paraît au départ totalement confus. Egoyan est un Canadien d’origine arménienne, né au Caire. Il s’est intéressé depuis toujours à la quête identitaire, au métissage des hommes comme à celui des images. Elle prend ici un tour passionnant, tant la figure du père se dérobe. Qu’évoque un Moyen-oriental dans l’Amérique du Nord aujourd’hui ? Le cheval de Troie ! La menace d’un virus islamique dont certains pensent contenir la propagation à coup de certitudes culturelles tranchées ! Et de quel secours peuvent être les images captées par les bidules électroniques dans la construction de soi ? A rien, tant elles véhiculent surtout des balivernes. A la fin du film, Simon brûle son Nokia. Egoyan a trouvé la distance nécessaire pour faire ressentir ce péril de l’infiltration qui hante les sociétés occidentales. Et ce repos des morts qui plonge les vivants dans une inquiétude que rien n’apaise. C’est son meilleur film depuis « De beaux lendemains ».

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