“My Magic”, d’Eric Khoo
Samedi, mai 24th, 2008Le résumé : A Singapour, Francis élève seul son fils. C’est un homme déchu, alcoolique, obèse. Immigré du sud de l’Inde, il a perdu sa femme et délaissé ses trucs de fakir. Ces trucs qui lui avait permis de tourner dans plusieurs pays d’Asie. Pour regagner un peu de crédit aux yeux de son fils, et de quoi boire, il se produit dans une boîte minable tenue par des Chinois. Francis se perce les bras et la langue avec des aiguilles, marche sur du verre pilé, mange des ampoules. Quand il réclame sa part des recettes du spectacle, on le corrige durement et on le laisse pour mort. Il est temps pour Francis de révéler un lourd secret à son enfant.
Notre avis : Chacun des films d’Eric Khoo est une variation sur la question suivante : comment peut-on vivre à Singapour ? Comment peut-on vivre sur ce territoire ultra-policé, grand comme un confetti, dans cette ville sans charme où prospèrent quelques-uns et ou végètent beaucoup ? L’unité nationale est improbable, car la plupart des habitants ont une histoire différente. Ils proviennent d’horizons variés et ont souvent abandonné les leurs. Eric Khoo voit plutôt Singapour comme une addition de solitudes, où s’expriment crûment les rapports de force. Un de ses premiers courts métrages s’appelait “Pain” (”Souffrance”) et relatait la double vie d’un policier amateur de sévices masochistes. Le traitement que subit Francis dans “My Magic” évoque davantage la torture que la magie. C’est comme si ce corps devait absorber et endurer toutes les humiliations que subissent les immigrés, à la merci de la majorité chinoise. Francis et son fils viennent en effet du sud de l’Inde, de la province du Tamil Nadu. Ils appartiennent à cette internationale des déclassés qui trouvent à Singapour à la fois de quoi survivre et de quoi regretter amèrement la vie d’antant. Plus sombre que dans “Be With Me”, son précédent long métrage, Eric Khoo dit avoir réalisé son film le plus personnel. On y voit, un peu effarés, comment un corps résiste aux agressions. Avec un minimum d’effets, le réalisateur parvient à rendre sensible la détresse sociale des perdants et la rudesse d’une ville-Etat qui place toujours la peine de mort au sommet de son arsenal répressif.
La première image du film : Au comptoir d’un bar, le fakir déchu à queue de cheval réclame un autre whisky, premier d’une douzaine de “refills”.
La réplique : “Ta mère n’est pas rentrée en Inde. Elle a été piégée par des gens peu recommandables dans un trafic de drogue. Elle a été pendue.”











