Archives pour la catégorie ‘Non classé’

Deux légendes, sinon rien

Mardi, mai 20th, 2008

On se souviendra longtemps de l’hommage rendu par le festival au doyen des cinéastes en activité : Manoel de Oliveira aura 100 ans cette année. Reçu sur la scène du Grand auditorium Lumière lundi, il s’est dit ravi de se voir attribuer ”enfin” une Palme d’or : “Je préfère la recevoir ainsi. Je n’aime pas la compétition. Je ne veux pas recevoir de Palme “contre” les autres cinéastes”. Devenu stakhanoviste du 7è art à plus de 75 ans (une vingtaine de longs métrages depuis!), le Portugais a de quoi faire rêver d’une longue carrière des cinéastes d’un âge respectable. A commencer par Clint Eastwood (77 ans), qui a assisté à l’hommage tout près de nous (Sean Penn était aussi là avec l’ensemble du jury). Croiser deux pareilles légendes dans la même séance, ça n’arrive pas tous les jours… La projection du premier film du Portugais (le documentaire “Douro, faina fluvial”, 1931) a suivi.  Le bel hommage de Gilles Jacob à Oliveira se lit ici : http://www.festival-cannes.fr/fr/article/56105.html

Carax sort des égouts

Vendredi, mai 16th, 2008

Le cinéma : un art qui bouffe ses créateurs ? « 80% des réalisateurs qui font un premier film n’en font pas un deuxième », affirmait dans « Libération » de mercredi l’ex-délégué de la Quinzaine des réalisateurs Pierre-Henri Deleau. « Et parmi ceux qui en font un deuxième, 80% n’en font pas un troisième ». Flippant ! Le cas de Leos Carax montre en tout cas la difficulté qu’il y a à remonter la pente après un échec : petit prodige des années 80 (« Boy Meets Girl », « Mauvais Sang », « Les Amants du Pont-Neuf »), le réalisateur a été jeté au caniveau à cause de « Pola X » en 1999. Il a mis 9 ans à ressortir des égouts de l’infamie. Et c’est son acteur fétiche qui le fait à sa place dans « Merde » (photo) : Denis Lavant trouve un nouveau rôle à sa démesure. Il jaillit dans les rues de Tokyo, vole des fleurs, bouffe des billets de banque, jette des mégots incandescents dans le landeau des bébés, balance des grenades de la dernière guerre dans la foule. Quand le procureur lui demande de s’expliquer sur ces faits, il réplique qu’il n’est pas possible d’aimer un peuple qui arbore des yeux « en forme de sexe de femme ».  Clochard irrécupérable, lointain cousin de « Boudu », Merde est une allégorie de l’artiste incompris tel que se figure être Carax : un type qui bouffe du fric et dévore la beauté, qui déterre les saloperies que personne ne veut plus voir (les grenades ; le passé impérial du Japon), qui trouve peu de gens capables de traduire ce qu’il exprime. Il fallait voir Carax jeudi soir sur la scène du Palais des festivals, aux côtés de toute l’équipe de « Tokyo ! ». Nous n’avons jamais vu un réalisateur aussi nerveux et incapable de communiquer avec la salle. Caché derrière ses verres fumés, il se borna à grommeler au micro : « C’est bien de voir que tout le monde est vivant… »

Super Angelina

Vendredi, mai 16th, 2008

Des nuages de pluie s’amoncellent sur Cannes. Mais dès jeudi, l’ambiance était plutôt plombée. Par un hasard du parcours festivalier, les cinq films visionnés dans la journée se déroulaient tout ou partie en…prison ! (En compétition : « Leonera » de Pablo Trapero et « Les Trois singes », de Nuri Bilge Ceylan. En ouverture d’ « Un Certain regard » : « Hunger » de Steve McQueen. En ouverture de la Quinzaine de réalisateurs : « Quatre nuits avec Anna » de Jerzy Skolimowski. Et enfin, « Merde », le sketch de Leos Carax dans le tryptique « Tokyo ! »). Il paraît que certaines télés râlent sec contre cette ambiance pas très glamour. Même la conférence de presse de « Kung Fu Panda » a été émaillée de questions sur le tremblement de terre en Chine. Des envoyés spéciaux de l’Empire du Milieu demandaient à Super Angelina (Jolie) si elle avait prévu de voler au secours des sinistrés. De tels moments sont toujours embarrassants.

Babel

Mercredi, mai 14th, 2008

Résister aux intrusions : telle est la tâche la plus difficile dans la ruche cannoise. Ca commence dès l’aéroport de Nice : le journaliste danois tient conférence de rédaction pendant tout le trajet, pendu à son portable; au centre de presse, un duo italien dialogue avec une volubilité toute méridionale, sans égard pour le papier que vous tentez vainement d’écrire; en croyant trouver refuge sur une banquette à l’écart, c’est un journaliste polonais qui vient commenter sa journée par le menu à ses collègues restés au pays. Finir la soirée au resto tranquille ? Illusion : c’est cette fois un trio russe qui se dispute à la manière slave. Vous battez en retraite à l’hôtel pour mieux tomber sur un type qui hurle en arabe sa désapprobation à son correspondant au téléphone. Il est dès lors d’autant plus reposant que toute cette cacophonie s’éteigne avec les lumières quand se fait entendre le langage universel du cinéma.